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Les fans d'Alex Eala redéfinissent l'étiquette du tennis

Les fans d’Alex Eala ont déjà tout entendu. Trop bruyants. Trop agités. Pas vraiment au fait de « l’étiquette » du tennis.

Jeudi, Oleksandra Oliynykova a découvert ce tumulte depuis l’endroit le plus exposé qui soit : de l’autre côté du filet, sur le Louis Armstrong Stadium.

Battue 6-1, 6-4 par la jeune Philippine, l’Ukrainienne aurait pu pointer du doigt le vacarme, les drapeaux, les cris à chaque point. Elle a fait l’inverse. Elle a dit merci. Et elle l’a fait, en partie, dans la langue de ceux qui la venaient d’assaillir de leurs décibels.

« Mahigpit na yakap sa aking mga tagahanga sa Pilipinas ! Napakainit ng inyong pagmamahal, napakatapat, at talagang kahanga-hanga kayo ! », a-t-elle écrit sur Instagram.

Un « gros câlin » envoyé aux supporters philippins, saluant leur chaleur, leur fidélité, leur gentillesse. Quelques mots, mais un geste lourd de sens dans un débat qui colle à Alex Eala depuis son irruption au plus haut niveau.

Quand les fans d’Eala bousculent les codes du tennis

Les foules qui se massent derrière Eala ne ressemblent pas vraiment au public traditionnel du tennis. Et ça se voit. Ça s’entend surtout.

Un reportage du Washington Post a mis en lumière ce choc de cultures cette semaine : certains nouveaux supporters d’Eala applaudissent les doubles fautes adverses, crient pendant les échanges, oublient de se taire au moment du service. Dans les travées de l’US Open, une pancarte résumait le fossé d’un trait d’humour : « Sorry we’re loud. We’re Filipino. »

Les puristes, eux, grincent parfois des dents. Dans les médias philippins, on a même vu fleurir des guides expliquant les règles non écrites du tennis, pour accompagner cette vague de fans venus d’univers sportifs où l’ambiance tient plus du basket que de Wimbledon.

Il existe une frontière claire entre ferveur et perturbation. Les joueuses ont droit au silence pendant le service et les échanges. C’est la base. Mais se limiter à ce constat, c’est passer à côté de ce qui est en train de se jouer autour d’Eala.

Elle attire vers le tennis des gens qui, sans elle, ne s’y seraient peut-être jamais intéressés.

À New York, cela se traduit par des familles entières drapées de drapeaux philippins, des enfants portant des t-shirts à son effigie, des supporters venus des communautés voisines du Queens ou du New Jersey. Le tournoi lui-même a parlé d’une « fête philippine » pour décrire l’ambiance de ce deuxième tour sur le Louis Armstrong Stadium.

Une spectatrice a confié au site officiel que sa petite-fille s’était mise au tennis grâce à Eala. C’est ainsi qu’un sport grandit.

Oliynykova, battue mais touchée

Le message d’Oliynykova sur Instagram a offert un autre angle sur cette ferveur.

« Je me suis promenée un peu dans l’enceinte de l’US Open, et c’était incroyablement réconfortant de voir combien de personnes sont venues me parler avec des mots gentils », a-t-elle écrit. Elle évoque un « nombre incroyable » de messages et de commentaires reçus, et remercie ces fans qui l’ont fait se sentir soutenue.

Ce détail compte. Car ces mêmes tribunes qui hurlaient sur chaque point gagné par Eala, qui vibraient à chaque erreur de l’Ukrainienne, ont su, après le match, l’aborder avec chaleur. Au point qu’elle a choisi de le reconnaître publiquement. Et de le faire dans trois langues, dont le filipino.

On retrouve là un trait bien connu de l’hospitalité philippine : une loyauté farouche pendant le combat, une chaleur désarmante une fois la bataille terminée.

Un public nouveau, un défi pour un sport ancien

La montée en puissance d’Eala crée des frictions parce que son public ne coche pas les cases habituelles du tennis. Les codes ne sont pas les mêmes, les réflexes non plus.

Cela ne signifie pas que tout doit être toléré. Les fans peuvent apprendre les usages du tennis sans renoncer à l’émotion qui les a amenés dans les tribunes. Ils peuvent comprendre quand se taire, sans éteindre ce qu’ils sont.

Mais réduire ces supporters à des fauteurs de trouble, c’est manquer l’essentiel.

Jeudi, le Louis Armstrong Stadium a figuré parmi les enceintes les plus bruyantes du site. Reuters a décrit une Eala portée par une foule déchaînée, noyée sous les drapeaux philippins et les pancartes en tagalog. Ce n’était plus seulement un match. C’était une prise de possession.

L’impact dépasse largement une soirée new-yorkaise. Le Wall Street Journal a récemment détaillé comment la jeune joueuse contribue à rallumer l’intérêt pour le tennis aux Philippines, pays de plus de 100 millions d’habitants où le basket et la boxe dominent depuis des décennies.

Le tennis cherche depuis longtemps à séduire un public plus jeune, plus divers, plus global. À New York, une adolescente philippine est en train de le faire, raquette en main et tribunes en fusion.

Ses fans apprennent encore les codes. Le message d’Oliynykova rappelle que, peut-être, le tennis a lui aussi quelque chose à apprendre d’eux.