Essex renverse Yorkshire : un match sous pression
La pluie a dicté le tempo, mais c’est Essex qui a changé la musique. Sur un Headingley déjà marqué par le récent Test entre l’Angleterre et le Pakistan, Yorkshire a d’abord imposé sa loi, avant de s’effondrer en plein après-midi sous la pression de Matt Critchley et Shane Snater. À la fin d’une première journée hachée (70 overs seulement), le tableau est brutal : 241-6, après avoir été 121 sans perte.
Un départ de rêve pour Yorkshire
Le choix de battre en premier semblait idéal. Le terrain montrait déjà des signes de rotation, parfait pour frapper tôt au tableau d’affichage avant que les spin ne s’installent.
Adam Lyth et Will Luxton ont joué avec assurance. Malgré une alerte rapide – Lyth relâché au premier slip sur 7 par Jamie Porter – Essex ne parvient pas à serrer suffisamment le jeu avec la nouvelle balle. Les drives fusent, les erreurs se paient.
Lyth, particulièrement à l’aise, martyrise Zaman Akhter avec trois limites en quatre balles au début de l’après-midi. Yorkshire grimpe à 72 après 17 overs, le duo contrôle totalement le rythme. Les deux ouvreurs atteignent leur cinquantaine presque main dans la main : Luxton en 89 balles, Lyth en 81. Le score file à 119 au cœur de la session.
Sur un terrain promis à devenir de plus en plus favorable aux spin, Yorkshire semble installé en position de force. Très solide. Presque confortable.
Le trou noir : cinq wickets pour 18 runs
Puis tout bascule. D’un coup.
À 121 sans perte, Yorkshire regarde vers un gros total. Neuf overs plus tard, le tableau d’affichage raconte une autre histoire : 139-5. Cinq wickets pour 18 runs. Un effondrement sec, violent, qui réveille totalement Essex.
Jamie Porter ouvre la brèche en renvoyant Luxton, bowled, alors que le jeune batteur semblait bien ancré. Sam Whiteman suit immédiatement, pris à short fine-leg en tentant un sweep sur Matt Critchley. Un geste mal maîtrisé, un wicket lourd de sens : c’est son troisième duck de rang, son quatrième en six manches de Championship, après un pair lors de la défaite en trois jours contre Surrey la semaine précédente.
La pression grimpe. Yorkshire vacille.
Shane Snater piège Lyth lbw, puis Critchley pousse James Wharton à une mauvaise exécution de pull, offrant une prise à mid-on. Jonny Bairstow, lui, se fait surprendre en avançant sur Snater et part à son tour, lbw. En quelques overs, l’attaque d’Essex, privée de ses internationaux Simon Harmer, Sam Cook et Jamie Cox, s’est réinventée et a pris le contrôle.
Yorkshire, qui dominait, se retrouve soudain à lutter pour respirer.
Revis relève la tête, Essex garde la main
À 147-5 au thé, après un nouvel épisode de pluie, le contexte est clair : Essex a renversé la journée. Les hôtes, qui ont misé sur deux spin avec Dom Bess et Kuldeep Yadav, se retrouvent sous une pression inattendue dans un match crucial pour le bas de tableau.
La reprise voit pourtant un autre récit s’écrire. Matthew Revis décide de répondre coup pour coup. Face à Porter, il claque trois superbes limites dans le même over, toutes à travers les covers, et ramène le score à 163-5. Les coups sont nets, autoritaires. Yorkshire retrouve un peu de souffle.
Revis s’unit avec George Hill. Ce n’est pas flamboyant, mais c’est précieux. Les deux all-rounders reconstruisent patiemment, grignotent la marge, repoussent la menace d’un effondrement total. Revis atteint son cinquante en 70 balles, symbole d’une contre-attaque mesurée mais déterminée. À ce moment-là, Yorkshire est remonté à 221-5 et a retrouvé des eaux plus calmes.
La partnership de 94 runs entre Revis (61) et Hill (24*), dans ce contexte, vaut cher. Elle ne gomme pas le trou noir de l’après-midi, mais elle empêche Essex de tuer le match dès le premier jour.
Mitch Killeen finit par stopper l’élan en piégeant Revis lbw sur 61, à 233-6. Hill reste invaincu, Yorkshire atteint 241-6 avant que la lumière et la météo ne mettent un terme définitif à la journée.
Deux clubs sous pression, un avantage psychologique
En toile de fond, une autre donnée pèse : l’annonce, quelques heures avant le début de la rencontre, de la charge visant Leicestershire pour infraction aux règlements de terrain de l’ECB lors d’un match récent contre Glamorgan. Une éventuelle pénalité de points pourrait soulager considérablement la lutte pour le maintien de Yorkshire et Essex.
Mais pour l’instant, rien n’est acquis. Les deux clubs doivent encore jouer comme si chaque run, chaque wicket, pouvait dicter leur avenir.
À ce jeu-là, après cette première journée tronquée par la pluie, Essex sort avec le sourire le plus franc. Yorkshire a eu la main, a laissé filer, puis s’est accroché grâce à Revis. Essex, lui, n’a pas encore frappé une seule balle et possède déjà l’impression de tenir le bon bout.
La question est simple désormais : cette réaction au ballon aura-t-elle lancé leur survie, ou n’aura-t-elle été qu’un sursaut dans un été sous tension ?




