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Elena Rybakina : nouvelle championne de l'US Open et numéro 1 mondiale

Elle a longtemps vécu dans l’ombre des autres, rangée dans la catégorie des « immenses joueuses » mais jamais tout à fait dans celle des « intouchables ». Puissance dévastatrice, menace sur toutes les surfaces, mais toujours derrière deux ou trois rivales jugées plus constantes, plus dures dans les moments brûlants.

À New York, Elena Rybakina a tout balayé. Les doutes, les hiérarchies implicites, les nuances. Elle quitte Flushing Meadows en numéro 1 mondiale et nouvelle championne de l’US Open, après avoir détrôné Aryna Sabalenka au classement… puis sur le court, dans une finale de haute tension conclue 6-4, 5-7, 6-2 face à la tête de série n°1, double tenante du titre.

Une quinzaine jouée sur une cheville et sur les nerfs

Le plus impressionnant, ce n’est pas seulement le trophée. C’est la façon. Rybakina n’est jamais vraiment entrée dans ce tournoi avec son meilleur tennis. Elle y est entrée blessée. Une douleur au tendon d’Achille l’avait tenue à l’écart la semaine précédant l’épreuve, au point qu’elle ne savait pas si elle pourrait même disputer le premier tour.

À cela s’ajoutait une pression étouffante : conquérir la place de numéro 1 mondiale en sachant précisément ce qu’elle devait faire pour y parvenir, chaque tour rappelant l’enjeu, chaque victoire resserrant un peu plus l’étau.

Son tableau n’a rien eu d’un cadeau. Quatre championnes de Grand Chelem ou olympiques consécutives à partir de la deuxième semaine. Quatre obstacles majeurs, franchis sans trembler. Cette suite d’épreuves a forgé une assurance nouvelle, une dureté mentale qu’elle a portée jusque dans la finale contre sa plus grande rivale.

Une finale sous haute tension, service en panne mais jeu en feu

Le décor est planté : les deux meilleures joueuses du monde, un titre majeur en jeu, le trône WTA qui change de mains quoi qu’il arrive. Rarement l’Australian Open et l’US Open, depuis qu’ils se disputent tous deux sur dur, avaient offert un tel miroir : les mêmes adversaires, les mêmes visages en finale des deux plus grands tournois sur ciment.

D’entrée, le rythme est infernal. Mais très vite, une vérité saute aux yeux : la pureté de la frappe de Rybakina est un cran au-dessus. Son arme absolue, ce premier service considéré comme le meilleur du circuit, s’écroule pourtant. Dans ce premier set, elle ne passe que 27 % de premières balles, seulement 8 sur 30. Un chiffre ahurissant pour une joueuse de ce calibre.

Ce qui aurait dû la condamner la libère presque. Privée de son bouclier, elle sort l’arsenal complet. Retour agressif, pression constante sur le service de Sabalenka, domination en fond de court, surtout côté revers où elle ne laisse pas échapper une miette. Point après point, elle étouffe la Biélorusse, la prive d’air, la pousse à la faute.

Sabalenka, déjà chahutée tout l’été, avait pourtant réussi un parcours remarquable pour se donner une chance d’un triplé historique à New York. Mais la nervosité la rattrape. À 2-3 dans le premier set, une double faute lui coûte le break décisif. Elle craque, expédie une balle dans le public, récolte un avertissement. Le langage du corps ne trompe pas : crispation, frustration, regards perdus. Elle voit défiler les deuxièmes balles de Rybakina sans parvenir à en profiter pleinement.

Sabalenka se rebelle, Rybakina serre le jeu

Sabalenka ne lâche pourtant rien. Dans le deuxième set, son service se met enfin au diapason de son tempérament. Les premières balles fusent, le bras se délie, le rythme change. En face, Rybakina retrouve un peu de réussite au service mais se montre plus irrégulière du fond. Les échanges s’allongent, les fautes apparaissent.

À 5-4 pour Rybakina, la pression s’abat brutalement sur la future numéro 1 mondiale. Sabalenka sent l’ouverture et frappe. Un retour gagnant de revers le long de la ligne lui offre ses premières balles de break de la rencontre, double balle de set. Deux deuxièmes balles à négocier, deux occasions manquées, trop de tension au moment de conclure.

Mais la tendance a basculé. Sabalenka s’acharne sur la deuxième balle adverse, l’agresse systématiquement. À 6-5, après s’être arrachée pour se procurer une troisième balle de set, elle claque un nouveau retour gagnant de revers. Cette fois, le set est pour elle. La finale bascule dans un troisième acte.

Troisième set : la patronne s’affirme

Face à une double championne en titre lancée à pleine vitesse, beaucoup auraient vacillé. Pas Rybakina. Elle repart comme si de rien n’était, réinitialise le match dans sa tête. Son service, enfin, retrouve son tranchant habituel. Les premières tombent au cordeau, les aces pleuvent, les jeux de service défilent.

Cette fois, c’est Sabalenka qui doit suivre le rythme. Comme tant d’autres ces derniers mois, elle n’y parvient pas. Sous la pression d’une Rybakina redevenue injouable sur sa mise en jeu et toujours aussi lourde en fond de court, la Biélorusse finit par céder. Le dernier set se transforme en démonstration d’autorité de la Kazakhe, qui verrouille le match 6-2, sans laisser la moindre brèche.

La nouvelle reine du dur… à un Roland-Garros de l’histoire

En s’emparant de la place de numéro 1 de Sabalenka, Rybakina lui confisque aussi un autre titre symbolique : celui de meilleure joueuse du monde sur dur. Elle détient désormais les trois plus grands trophées sur cette surface : Australian Open, US Open et WTA Finals.

Avec ce troisième sacre en Grand Chelem, elle rejoint un cercle prestigieux, celui de Lindsay Davenport, Jennifer Capriati, Ash Barty, Angelique Kerber ou Virginia Wade. Son palmarès s’est construit par à-coups : Wimbledon 2022, Australian Open 2026, désormais US Open.

Il ne lui manque plus qu’un Roland-Garros pour compléter le Grand Chelem en carrière. Elle n’est plus seulement une immense frappeuse. Elle est devenue le mètre étalon du tennis féminin. La question n’est plus de savoir si elle peut régner sur toutes les surfaces.

La question, désormais, est simple : qui va l’arrêter ?