Edu quitte Nottingham Forest : fin d'un projet chaotique
La nouvelle a longtemps flotté dans l’air, elle est désormais actée : Edu a officiellement quitté Nottingham Forest, un peu plus d’un an après son arrivée annoncée en grande pompe pour piloter un ambitieux projet multi-clubs. L’information, révélée par The Athletic, met un point final à une situation qui n’en était déjà plus vraiment une depuis des mois.
Car, dans les faits, le Brésilien n’était plus aux commandes. Il n’a plus assisté à un match depuis février. Plus mis les pieds au City Ground ni au centre d’entraînement depuis le début du mois de mars, au moment où les premières fuites sur son départ imminent ont commencé à circuler. Mis à l’écart en silence, puis effacé sans fracas.
Un départ sans remplaçant… et sans annonce
Forest ne compte ni le remplacer poste pour poste, ni même communiquer officiellement sur son départ. Un choix qui en dit long sur la manière dont le club tourne déjà la page.
Le vide a été comblé en interne. Le Chief Football Officer George Syrianos a vu son périmètre s’élargir progressivement au fil de la mise à l’écart d’Edu. C’est lui qui tient désormais les rênes sportives au quotidien. Sa montée en puissance vient aussi compenser le départ, en octobre dernier, de Ross Wilson vers Newcastle United, autre figure clé de l’organigramme partie sous d’autres cieux.
En quelques mois, la structure sportive de Forest a donc été entièrement reconfigurée, souvent dans l’urgence, au gré des départs et des crises.
D’un rêve européen à la peur du vide
Le poste d’Edu avait basculé sous un feu nourri de critiques après une saison chaotique au City Ground. L’équipe, qui avait brièvement regardé vers les places européennes sous Nuno Espirito Santo, a fini par plonger dans une lutte tendue pour le maintien.
Le tournant ? Une rupture entre l’entraîneur et le directeur, qui a précipité le départ de Nuno. À partir de là, la saison a cessé d’avoir un fil conducteur.
Ce qui a suivi ressemble à un manuel de l’instabilité. Ange Postecoglou n’a tenu que 39 jours sur le banc avant de céder la place à Sean Dyche, lui-même remercié en février. Vitor Pereira a assuré un intérim éclair, puis Oliver Glasner, ancien manager de Crystal Palace, a été appelé pour tenter de remettre de l’ordre dans un club qui changeait de cap à chaque mois ou presque.
Forest cherchait de la continuité. Il n’a trouvé que des ruptures.
Un mercato sous le feu des critiques
Sur le marché des transferts, la ligne d’Edu a été tout aussi contestée. Les moyens étaient là, conséquents. Les résultats, beaucoup moins.
Plusieurs recrues de premier plan n’ont jamais tenu leurs promesses au City Ground. Omari Hutchinson, Douglas Luiz, Oleksandr Zinchenko : des noms qui, sur le papier, devaient hisser Forest à un autre niveau. Sur le terrain, leur impact est resté largement en deçà des attentes, au point de cristalliser la colère des supporters et les doutes des observateurs.
Ce bilan tranche brutalement avec l’image qu’Edu s’était forgée au plus haut niveau européen. À Arsenal, où il était arrivé en 2019 comme premier directeur technique du club, il avait été l’architecte discret mais central d’un projet relancé autour de Mikel Arteta, son ancien coéquipier, qu’il avait installé sur le banc la même année. Promu directeur sportif en novembre 2022, il avait occupé ce rôle jusqu’à sa démission surprise en novembre 2024.
À Forest, le même homme a vu sa réputation se fissurer sous le poids des mauvais choix et d’une instabilité permanente.
D’un “Invincible” à un exécutif fragilisé
Le contraste est saisissant pour un dirigeant dont la carrière, jusqu’ici, racontait surtout la réussite. Edu reste l’un des membres emblématiques de l’équipe des “Invincibles” d’Arsenal en 2003-2004, cette formation qui a traversé une saison entière de Premier League sans la moindre défaite. Sur le terrain, il avait gagné le respect. Dans les bureaux, il s’était bâti l’image d’un des exécutifs les plus solides du football moderne.
Avant ses expériences européennes, le Brésilien avait déjà accumulé une épaisse couche de vécu administratif. Cinq ans comme directeur du football à Corinthians. Un passage comme conseiller de la sélection d’Iran en 2014. Puis trois années en tant que coordinateur général de l’équipe nationale du Brésil.
Autant d’étapes qui avaient façonné un profil rare : ancien joueur de très haut niveau, rompu aux arcanes des sélections et des grands clubs, capable de naviguer entre vestiaire, président et actionnaires.
À Nottingham, ce CV n’a pas suffi. Le projet multi-clubs qu’il devait incarner s’est dilué dans les changements d’entraîneurs, les transferts décevants et les tensions internes. Son départ, sans cérémonie ni communiqué, ressemble à une chute sèche pour un dirigeant habitué aux sommets.
Reste une question, désormais : Forest saura-t-il reconstruire une vision stable sans la figure qui devait l’incarner, ou ce départ ne sera-t-il que le dernier épisode d’un cycle d’instabilité dont le club ne parvient plus à s’extraire ?




