Dernier Test à Edgbaston : Angleterre en mutation
Le mois de septembre apporte encore quelques soirées glaciales de balle blanche, et avec elles une image qui fera lever quelques sourcils : Kevin Pietersen, de retour en tenue d’entraînement d’Angleterre pour la première fois depuis douze ans. L’ancienne star, devenue gourou de réseaux sociaux et de memes, entame une nouvelle vie de « mentor spécialiste » auprès des jeunes frappeurs menés par Harry Brook.
Mais c’est bien le dernier Test de l’été, à partir de mercredi à Edgbaston, qui marque la vraie bascule. Une sorte de dernier coup de collier avant un break pour une équipe d’Angleterre remodelée en profondeur. Et cela, avant même de parler du Pakistan et d’une tournée transformée en brasier permanent, entre renvoi de joueurs et enquête sur la « discipline et la conduite » après un téléphone subtilisé.
Rien ou presque ne s’est déroulé comme prévu côté anglais depuis mars, à part ce scénario idéal : mener 2-0 avec un match à jouer dans cette deuxième série à domicile. Ben Stokes a quitté la scène Test, Brendon McCullum a été rangé dans la case spécialiste du white-ball. Le groupe, en attendant l’arrivée de Stephen Fleming comme head coach, se réhabitue à un cricket moins extrême, sous la capitainerie relancée de Joe Root. Une forme de déprogrammation progressive des excès de l’ère Bazball.
Un été dominé par la balle, pas par le bat
Tout cela s’est produit au cours d’une saison marquée par des frasques nocturnes largement commentées, mais surtout par une réalité plus crue sur le terrain : la balle Dukes a pris le pouvoir. Le wobble seam dicte la loi, un guichet tombe en moyenne tous les 40 lancers. Il faut remonter aux années 1880 pour trouver un été anglais où ce chiffre est encore plus bas. Ironie du sort, cela coïncide avec la saison la plus chaude depuis l’époque de WG Grace.
Le contraste avec l’an dernier est saisissant. Les cinq Tests contre l’Inde avaient duré cinq jours, les batteurs s’étaient régalés, les rapides repartaient au vestiaire les pieds en feu. Cette fois, Ollie Robinson a cueilli 23 victimes à huit runs de moyenne, sans forcer, tandis que le 113 de Ben Duckett à Trent Bridge reste le seul century d’un batteur anglais cet été.
Joe Root a tenu à replacer les choses dans ce contexte, et pas seulement parce que sa propre moyenne flirte avec les 30, avec une série de lbw qui commence à faire désordre. Le dernier Test de l’été, c’est traditionnellement l’ultime audition pour les tournées hivernales. Le capitaine a insisté : la domination des bowlers sera prise en compte au moment de sélectionner le groupe pour l’Afrique du Sud en décembre.
Jacob Bethell, une fois remis de son opération au genou, bouchonnera encore un peu plus le top 7. En attendant, des joueurs comme Emilio Gay, Jordan Cox ou Dan Lawrence ont reçu un message clair : se concentrer sur cette semaine, viser le 3-0, et penser d’abord aux besoins du collectif. Root l’a résumé ainsi en parlant de Gay : « Il faut comprendre que le jeu est plus grand que toi et que tes stats. Ce qui compte, c’est ce que tu fais pour l’équipe. »
Une 47e piste fatiguée… ou un piège différent ?
Reste à voir si une explosion tardive de runs se produira sur une surface d’Edgbaston déjà bien brune et pauvre en herbe. D’autres éléments pèsent dans la balance. C’est la première fois que le stade accueille un Test en septembre, et il s’agit de la 47e piste préparée sur 48 cette année. La balle a beaucoup bougé lors des dernières rencontres de County Championship, ce qui laisse penser que le ciel automnal pourrait compter davantage qu’un carré d’herbe usé.
L’Angleterre cherche désormais plus de nuance, plus d’adaptabilité au bâton, loin du mantra d’attaque systématique de la période précédente. Un autre changement notable : le retour du psychologue du sport David Young pour cette série. Pièce maîtresse du sacre mondial 2019, encore sous contrat 50 jours par an, il n’était plus sollicité par l’équipe Test sous McCullum, le head coach jouant lui-même le rôle de psy de vestiaire.
On se surprend presque à penser que c’est le Pakistan qui aurait le plus besoin de Young en ce moment. Leur tournée a viré au chaos en quelques jours : sept joueurs et deux entraîneurs écartés, autant arrivés en renfort. Même selon les standards pakistanais, la valse a de quoi impressionner. À côté, le naufrage anglais des Ashes l’hiver dernier ressemble à un simple accroc.
Pakistan en reconstruction, Angleterre en méfiance
Un avantage pour le Pakistan : ils ne peuvent guère tomber plus bas. Et Joe Root a admis que son staff disposait de peu d’informations sur certains nouveaux venus. L’inconnu, donc, comme arme potentielle. Pour Babar Azam, qui a pris soin de se distancier du grand ménage en plein milieu de tournée et des histoires disciplinaires qui ont suivi, ce Test représente une « occasion en or » pour la nouvelle génération.
Dans ce groupe renouvelé figurent Ubaid Shah et Razaullah, deux jeunes rapides censés apporter un peu plus de vitesse autour de Mohammad Abbas. En haut de l’ordre, Saim Ayub offre une option de spin part-time qui pourrait permettre au Pakistan de répondre à l’Angleterre avec une attaque à quatre rapides.
Reste la vraie question : cette combinaison de fraîcheur, de surprise et de chaos contrôlé suffira-t-elle à gâcher l’été anglais, cet été de recalibrage improvisé ? Ou bien Edgbaston scellera-t-il, dans l’air frais de septembre, la validation définitive de cette nouvelle ère sous Joe Root ?




