Demi-finales de l'US Open : Un tournant historique
« Oh, wow. »
Coco Gauff n’a pas cherché ses mots, seulement sa respiration, quand on lui a annoncé la composition du dernier carré à Flushing Meadows. Elle venait, sans le savoir, d’entrer dans une affiche qu’on n’avait plus vue depuis plus d’un demi-siècle.
Pour la première fois depuis 1975, les quatre premières têtes de série du tableau féminin se retrouvent en demi-finales de l’US Open. Aryna Sabalenka, Elena Rybakina, Jessica Pegula et Gauff ont toutes survécu à des combats en trois manches. Quatre noms, quatre styles, une même ligne d’horizon : un tableau final qui sent la grande époque.
« C’est incroyable – difficile de faire mieux, non ? », s’enthousiasme l’ancienne numéro un britannique Annabel Croft au micro de BBC Radio 5 Live. Elle résume l’impression générale : ce tournoi a une densité, une cohérence au sommet qu’on n’avait plus connue.
Un paysage qui se stabilise au sommet
Il faut remonter à Wimbledon 2009 pour retrouver un Grand Chelem où les quatre mieux classées atteignent les demi-finales. Un détail statistique ? Pas vraiment. Dans un circuit féminin marqué ces dernières années par une succession de reines éphémères, ce carré d’as ressemble à un tournant.
Depuis 2020, treize joueuses différentes ont remporté un titre du Grand Chelem en simple, contre seulement sept chez les hommes. Une richesse, mais aussi une forme de volatilité. À New York, le décor change : les grandes têtes d’affiche se retrouvent, se percutent, s’installent.
« Il y a maintenant énormément de grands noms, de grandes personnalités qui s’affrontent, et c’est vraiment excitant », insiste Croft. Elle parle de « guerrières » sur le court. L’expression colle parfaitement à cette édition.
Sabalenka – Pegula, une rivalité qui s’épaissit
Jeudi, la première demi-finale (00 h 00 BST, vendredi) opposera la tête de série numéro un, Aryna Sabalenka, double tenante du titre à New York, à Jessica Pegula, seule joueuse encore en lice à la recherche d’un premier Grand Chelem.
Les deux femmes se connaissent par cœur : treize confrontations déjà. Et l’US Open est devenu leur terrain de rendez-vous. L’an dernier, Sabalenka avait renversé Pegula en demi-finales. Cette année, elle l’a privée d’un premier sacre majeur en finale. Deux cicatrices, une même adversaire en face du filet.
« C’est amusant de regarder ça comme une rivalité. C’est ce qui me motive », confie Pegula. Elle reconnaît que Sabalenka l’a poussée à hausser son niveau. Le respect est mutuel, mais il n’adoucit rien : pour l’Américaine, battre la quadruple lauréate en Grand Chelem en deuxième semaine reste le « mur » à franchir.
Pegula compte déjà quatre victoires face à Sabalenka sur le circuit WTA, mais aucune en Grand Chelem. La nuance est immense. Sabalenka, elle, assume ce bras de fer permanent.
La Biélorusse se dit « super excitée » à l’idée de retrouver Pegula. Elle arrive pourtant à New York avec une préparation moins éclatante que sa rivale, finaliste à Washington et Cincinnati. Mais Sabalenka adore ce genre de rendez-vous sous tension, ces matches où il faut accepter de souffrir point après point. Elle le répète : elle aime les batailles, la pression, les défis qui serrent la gorge.
En toile de fond, une autre histoire : Sabalenka vise un triplé historique à l’US Open. Personne n’a réussi à soulever trois fois de suite le trophée à Flushing Meadows depuis Serena Williams en 2014. Le poids de l’histoire est là, bien réel, même si la numéro un mondiale refuse de s’y enfermer.
Pegula, lucide, n’ignore rien de cette dimension. Elle sait que Sabalenka se nourrit de ce genre de quête, et que le contexte new-yorkais lui donne des épaules encore plus larges.
Rybakina numéro un, Gauff portée par Ashe
Dans l’autre demi-finale, Elena Rybakina arrive avec un statut déjà verrouillé : en atteignant ce dernier carré, la Kazakhe sait qu’elle sera numéro un mondiale lundi, mettant fin à 99 semaines de règne de Sabalenka au sommet.
Le chiffre est énorme, mais Rybakina le balaie d’un revers verbal. Pour elle, ce classement reste « juste un numéro ». Son obsession, ce sont les titres, et surtout ce troisième sacre en Grand Chelem qui la placerait dans une autre catégorie encore.
« Ce n’est jamais la même chose de devenir numéro un après avoir perdu une finale ou une demi-finale de Grand Chelem », rappelle le journaliste Russell Fuller sur BBC Radio 5 Live. Rybakina a l’occasion de boucler deux semaines parfaites : la place de reine du classement, et la couronne de New York.
Face à elle, Coco Gauff. Le bruit, la ferveur, la chaleur d’Arthur Ashe Stadium seront pour l’Américaine. À 22 ans, déjà titrée ici en 2023, elle revient en demi-finales après deux sorties en huitièmes. Entre-temps, le regard a changé.
Elle le dit elle-même : elle a cessé de ne penser qu’au « maintenant, maintenant, maintenant ». Elle prend davantage de recul sur sa trajectoire, mesure le chemin parcouru en un an, s’en nourrit. Cette prise de distance ne l’a pas ramollie, au contraire. Elle explique que cette évolution de mentalité la pousse à travailler encore plus.
Le face-à-face penche pour l’instant en faveur de Gauff, deux victoires à une. Mais la dernière bataille, le mois dernier au Canadian Open, a tourné en faveur de Rybakina, revenue d’un set derrière en demi-finales. La Kazakhe sait comment renverser le bras de fer. L’Américaine sait, elle, à quoi s’attendre : des aces, des coups gagnants qui fusent, des jeux avalés en quelques secondes.
Gauff ne se raconte pas d’histoires : elle aura des missiles sur elle, elle prendra des éclairs plein raquette. Sa promesse est simple, presque brute : continuer à se battre, tout donner. Rien de plus, rien de moins.
Un dernier carré qui peut redessiner l’ère
Sabalenka en quête d’un triplé façon Serena. Pegula à la poursuite de son premier grand titre, avec une rivalité qui prend racine dans ce même tournoi. Rybakina déjà assurée de s’asseoir sur le trône mondial. Gauff, championne sortante, portée par un public qui rêve de la voir régner à nouveau sur Ashe.
Quatre têtes de série, quatre trajectoires, un même enjeu : imposer sa loi dans une époque où la hiérarchie féminine a longtemps vacillé. New York tient son carré royal. Reste à savoir laquelle de ces quatre guerrières osera vraiment prendre le pouvoir.




