Delap, l’héritier de Kane en quête de renaissance à Forest
Il y a quelques années à peine, son nom circulait dans tous les bureaux de recrutement du pays. Formé à l’académie de Manchester City, propulsé sur le devant de la scène lors d’un prêt convaincant en Premier League avec Ipswich, Delap était alors présenté comme le successeur naturel de Harry Kane. Le prochain grand numéro 9 anglais, presque par évidence.
La trajectoire devait être ascendante, linéaire, écrite d’avance. Elle a brutalement changé de courbe à Stamford Bridge.
Chelsea, la marche qui a cassé l’élan
Recruté pour 30 millions de livres par Chelsea, Delap arrivait à Londres avec l’étiquette de futur patron de l’attaque. Il repart avec un bilan sec : trois buts en 47 apparitions, toutes compétitions confondues. Un titre de vainqueur de la FIFA Club World Cup, certes, mais une cote sportive sévèrement écornée.
Les blessures, les passages sur le banc, les bouts de match. Le rythme s’est brisé. Le buteur en devenir s’est enlisé. À l’Ouest de Londres, Delap n’a jamais vraiment trouvé sa place ni la continuité indispensable à un attaquant pour s’installer, prendre confiance, imposer son jeu.
Son nom a peu à peu glissé des conversations sur l’avenir de la sélection. Jusqu’à cet été.
Nottingham Forest, pari géant pour un joueur cabossé
Nottingham Forest a décidé d’ignorer le bruit ambiant. Mieux : le club a fait de Delap son record de transfert, en posant 50 millions de livres sur la table. Une somme lourde, un message encore plus lourd : Forest croit qu’il peut redevenir l’attaquant que l’Angleterre attendait.
Les premiers signes sont encourageants. Delap a déjà débloqué son compteur avec les Reds et se montre remuant, généreux, impliqué dans ses premières sorties sous ses nouvelles couleurs. Surtout, il joue. Régulièrement. Au City Ground, il a enfin ce que Chelsea ne lui a jamais vraiment offert : du temps, des minutes, une place centrale dans un projet.
Pour un avant-centre, rien ne compte davantage que cette combinaison de confiance et de continuité. Le reste suit souvent : les déplacements s’affinent, les automatismes se créent, les occasions se multiplient. Et les buts, parfois, finissent par couler.
L’ombre immense de Harry Kane
Si Delap suscite encore autant de débats, c’est aussi parce que l’horizon de la sélection anglaise reste dominé par une seule silhouette : celle de Harry Kane. Le capitaine a déjà inscrit 85 buts avec les Three Lions et semble en route vers la barre mythique des 100 réalisations, avec en ligne de mire un statut de centurion international. Il n’est plus qu’à quatre sélections du record d’apparitions détenu par Peter Shilton.
À 33 ans, Kane continue de marquer, de porter l’attaque nationale, de repousser la question qui obsède l’Angleterre : qui prendra sa suite ? Pour l’instant, les candidats ne se bousculent pas. On parle du prodige de 17 ans d’Aston Villa, Brian Madjo. On cite Delap. Mais aucun ne s’impose encore comme l’évidence.
L’ancien international Bobby Zamora, interrogé par GOAL dans le cadre d’une opération avec BetWright sur la Premier League, ne cache pas le vide que laissera Kane : il décrit le capitaine comme « extrêmement, extrêmement spécial », un joueur presque impossible à remplacer. Endosser ses crampons, prévient-il, sera « une tâche très, très difficile ».
Delap, un potentiel à rallumer
Zamora ne ferme pourtant pas la porte à Delap. Au contraire, il le place parmi les rares profils susceptibles, un jour, de reprendre le flambeau. Ce qui l’intrigue, c’est la manière dont l’attaquant va digérer l’échec de Chelsea.
Il se souvenait d’un joueur « qui semblait destiné à quelque chose de vraiment spécial », lancé sur une trajectoire vers les étoiles avant de subir un « coup d’arrêt » entre blessures, irrégularité et manque de buts. La question est simple : comment Delap va-t-il réagir à cette cassure de carrière ? S’effacer ou repartir plus fort ?
Pour l’ancien buteur, une chose est claire : Delap doit se trouver dans « la bonne équipe ». Un environnement qui le comprend, joue pour lui, valorise ses qualités de buteur puissant, capable de peser sur une défense et de finir les actions. Forest veut être ce contexte-là. Delap, lui, semble convaincu d’avoir enfin trouvé le bon point de chute.
L’équipe d’Angleterre en ligne de mire
Avec 12 sélections en U21, Delap connaît déjà le maillot national. Il sait aussi ce qu’il représente. Si les buts s’enchaînent sur les bords de la Trent, son nom reviendra vite sur la table des sélectionneurs. L’Angleterre, qui « crie » son besoin d’un successeur à son capitaine recordman, ne peut pas ignorer longtemps un avant-centre en feu en Premier League.
Le défi est colossal : personne ne remplacera vraiment Kane. Mais quelqu’un devra bien reprendre ce numéro 9, absorber la pression, accepter la comparaison permanente. Delap ne sera pas jugé sur le fait d’atteindre 85 buts, mais sur sa capacité à assumer le rôle, à porter l’attaque d’un pays qui ne pardonne rien à ses buteurs.
Forest lui offre la scène. La Premier League, le rythme. La sélection, peut-être, bientôt, la récompense.
Le reste dépendra de lui : transformer un « potentiel Dalap », comme le dit Zamora, en certitude. Et prouver que, même après un passage raté à Chelsea, on peut encore écrire une grande histoire avec les Three Lions.




