Davor Suker et le football hongkongais : un rêve réalisable ?
Quand il a posé ses valises à la Fédération de Hong Kong il y a deux ans et demi, John Morling, alors tout juste nommé directeur technique, avait lancé une question qui sonnait comme un manifeste : en regardant vers la Croatie, il demandait, « pourquoi pas nous ? »
Le parallèle semblait audacieux. D’un côté, un pays de moins de 4 millions d’habitants, finaliste de Coupe du monde en 2018, demi-finaliste en 1998 et 2022, devenu une référence mondiale malgré un vivier limité. De l’autre, Hong Kong, 7 millions d’habitants, classé 156e au classement mondial, toujours aussi loin d’un billet pour la Coupe du monde, même dans une version élargie à 64 équipes.
Et pourtant, un pont est en train de se construire entre ces deux mondes.
Suker, le symbole croate qui débarque à Hong Kong
Davor Suker, figure iconique de la génération 1998, meilleur buteur de la Coupe du monde en France cette année-là, va désormais prêter son nom – et une partie de son expérience – au football hongkongais. L’ancien attaquant du Real Madrid et d’Arsenal vient d’être nommé président honoraire du club Eastern District, pensionnaire de la Hong Kong Premier League.
Sur le papier, l’annonce a surpris. Un Ballon d’or potentiel de la fin des années 1990, ex-star de la sélection croate, parachuté dans un club de Hong Kong à la notoriété modeste : certains ont levé les sourcils, d’autres ont parlé d’un coup de communication.
Suker, lui, assume ce rapprochement. Il explique avoir tissé des liens au fil des ans avec Eric Fok Kai-shan et Timothy Fok Tsun-ting, l’actuel et l’ancien président de la Football Association of Hong Kong, China. Neuf années à la tête de la Fédération croate lui ont ouvert les portes des bureaux, des salons VIP, mais aussi de relations durables dans le monde entier. Hong Kong en fait partie.
Son mandat à la tête de la fédération croate s’est achevé en 2021. Entre-temps, la Croatie a vécu son plus grand exploit : une finale de Coupe du monde en 2018, perdue face à la France, mais gravée à jamais dans l’histoire d’un pays qui a appris à défier les géants.
Le modèle croate en ligne de mire
C’est précisément ce modèle qui fascine Morling et une partie des décideurs hongkongais. Comment un pays aussi petit a-t-il pu s’installer à ce niveau-là, de façon répétée, en moins de trois décennies ? Comment transformer un réservoir limité en machine à produire des talents et des équipes compétitives ?
Suker n’arrive pas avec une baguette magique. Son rôle à Eastern District est honorifique, pas exécutif. Mais son nom, son réseau, son vécu au sommet peuvent ouvrir des portes, attirer des regards, susciter des échanges techniques, des stages, des partenariats. Le football moderne se joue aussi en coulisses, dans les connexions que l’on noue bien loin de la ligne de touche.
Le contraste reste brutal : la Croatie s’est installée dans le dernier carré mondial, Hong Kong lutte toujours pour exister sur la scène internationale. Pourtant, la question initiale de Morling résonne encore : si la Croatie a pu le faire, pourquoi une autre petite entité footballistique n’en serait-elle pas capable ?
Pour Hong Kong, la réponse ne viendra pas d’un seul homme, fût-il Davor Suker. Mais si l’ex-attaquant croate parvient à transformer cette nomination honorifique en passerelle réelle vers le savoir-faire de son pays, alors la petite phrase de Morling cessera peut-être d’être un simple rêve pour devenir un objectif concret.




