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Crise du Pakistan au cricket : entre chaos et reconstruction

Le Pakistan arrive à Edgbaston comme on entre dans un champ de ruines. Deux claques monumentales à Headingley puis à Lord’s, une série déjà perdue, et un troisième Test qui ressemble moins à une finale qu’à une tentative désespérée de sauver l’honneur.

Une tournée qui déraille

Les chiffres sont brutaux : une défaite par une manche lors du premier Test, puis un revers de 194 runs à Lord’s. Quatre manches, jamais plus de 200 runs. Face à une attaque anglaise remodelée autour d’Ollie Robinson, Jofra Archer, Josh Tongue et Gus Atkinson, le Pakistan n’a tout simplement pas existé.

La réaction n’a pas été mesurée. Elle a été sismique.

Le Pakistan Cricket Board (PCB) a renvoyé sept joueurs au pays et en a rappelé sept autres, dont cinq n’ont jamais joué au niveau Test. Dans la foulée, le sélectionneur Test Sarfaraz Ahmed et le responsable du bowling Umar Gul ont été démis de leurs fonctions. À leur place, le PCB a installé le duo de la white-ball team : Mike Hesson pour la direction et Ashley Noffke pour l’attaque.

Un coup de balai en pleine série. Rare. Violent. Révélateur.

Parmi les sacrifiés, des noms lourds : Salman Ali Agha, capitaine à Headingley en l’absence de Babar Azam, et le spinner gaucher Ali Usman, auteur d’un cinq-wicket haul lors de ce même Test. Écartés aussi, le gardien expérimenté Mohammad Rizwan et l’ouvreur Imam-ul-Haq, blessé au mollet et qui n’a pas frappé une seule balle à Lord’s.

Mike Hesson, qui découvre ce tumulte de l’intérieur, ne s’en cache pas : « Les gars sont sans doute plus habitués que moi à un peu de chaos. Je ne pense pas que quelqu’un veuille vivre ça au milieu d’une série. » L’ancien sélectionneur de la Nouvelle-Zélande sait pourtant que sa mission dépasse la simple gestion de crise. Il veut recomposer un groupe, réintroduire une identité.

Il l’a résumé ainsi : construire un effectif équilibré, capable d’offrir cette variété qui a toujours fait la marque de fabrique du Pakistan. De la vitesse, des actions atypiques, du spin mystérieux. Tout ce qui manque cruellement depuis le début de cette tournée.

Une crise qui dépasse la pelouse

Sur le banc comme sur le terrain, les regards se tournent vers la direction technique. Azhar Ali, figure de l’équipe qui avait atteint la première place du classement Test il y a dix ans, pointe clairement Aaqib Javed, directeur de la haute performance du PCB depuis 2024.

Selon lui, presque chaque décision prise par Javed se retourne contre l’équipe. Jason Gillespie, ancien coach du Pakistan, va dans le même sens : le dirigeant doit se « regarder dans le miroir ». Des critiques publiques, frontales, qui exposent au grand jour un système en panne.

Le PCB a réagi en annonçant, lundi, l’ouverture d’une enquête sur le comportement de l’équipe en Angleterre. Un geste politique, sans doute nécessaire. Mais qui ne changera rien aux conditions de swing à Edgbaston ni à la confiance vacillante d’un vestiaire remanié.

Et c’est là une autre difficulté majeure : entre le deuxième et le troisième Test, aucune rencontre de préparation. Les nouveaux venus plongeront directement dans le bain, sans véritable temps d’adaptation aux balles, aux terrains, au ciel anglais souvent bas et lourd.

L’Angleterre, série gagnée mais exigence intacte

En face, l’Angleterre avance avec une sérénité presque clinique. Joe Root, deuxième meilleur marqueur de l’histoire du Test cricket, a parlé après Lord’s d’une « tempête parfaite » pour les batteurs : terrains favorables au seam, ciel couvert, balles très réactives. Des conditions qui compliquent la tâche des deux camps.

Mais une seule équipe s’y est noyée.

L’attaque anglaise, remodelée après les extravagances de la fin de l’ère Bazball, a trouvé un ton plus professionnel, plus discipliné. Résultat : une première série Test remportée depuis plus d’un an, et la possibilité d’offrir à Root, de retour aux commandes, un whitewash qui marquerait son comeback d’un sceau autoritaire.

Le défi pour l’Angleterre n’est plus de renverser la dynamique. Il est de la maintenir. De ne pas relâcher la pression alors que la série est déjà en poche. De transformer une domination ponctuelle en standard.

Le Pakistan, entre sursaut et illusion

Pour le Pakistan, ce troisième Test ressemble à un paradoxe vivant. Sur le plan comptable, une victoire à Birmingham ne changerait rien à l’issue de la série. Sur le plan symbolique, elle offrirait un bol d’air à un groupe éreinté, à une structure contestée, à un pays qui suit toujours son équipe de cricket avec une passion brûlante.

Mais une autre crainte s’installe chez les supporters : qu’un succès isolé, arraché dans le chaos, serve d’alibi à un système défaillant. Qu’il masque les fissures plutôt que de les obliger à être colmatées.

Pendant des décennies, on a qualifié le Pakistan de sélection « mercuriale », capable du sublime comme du désastre en l’espace de quelques jours. Aujourd’hui, le mot sonne faux. L’équipe a perdu 15 de ses 20 derniers Tests. La surprise n’est plus dans le résultat, mais dans sa répétition.

Azhar Ali l’a dit avec une lucidité amère : « Nous sommes devenus totalement constants – mais de la pire des manières. »

Edgbaston dira si ce groupe peut encore démentir cette phrase, ne serait-ce qu’une fois, ou si cette tournée d’Angleterre restera comme le symbole d’une chute qui n’en finit plus.