Cricket et migrants : une confusion explosive à Portsmouth
Une équipe de cricket prise pour des migrants : confusion explosive près de Portsmouth
Ils venaient jouer au cricket. Ils se sont retrouvés au cœur de la crise migratoire britannique.
Mardi soir, dans la banlieue nord de Portsmouth, une trentaine de manifestants hostiles à l’immigration se sont massés devant un hôtel Marriott de Cosham. Leur cible supposée : un groupe de migrants arrivés en car. En réalité, il s’agissait de l’équipe du Pakistan U-19, en déplacement en Angleterre.
Une rumeur, un car, et la foule s’embrase
Tout est parti de messages en ligne signalant un car rempli de « jeunes hommes asiatiques » aperçu devant l’hôtel. Dans le climat électrique qui entoure l’arrivée, chaque année, de dizaines de milliers de demandeurs d’asile par bateaux depuis l’Europe continentale, il n’en fallait pas davantage pour déclencher une nouvelle mobilisation.
Quarante-huit heures plus tôt, des manifestants avaient déjà tenté de bloquer le débarquement de migrants près du port de Portsmouth, dans des scènes largement dénoncées à travers le pays. La tension ne s’était pas apaisée. Elle a simplement changé de décor.
En début de soirée, la police du Hampshire est alertée : « un groupe de personnes commençait à se rassembler » près de l’hôtel, rapporte un porte-parole. Les agents se rendent sur place. Ils trouvent des manifestants persuadés que le car transporte des demandeurs d’asile.
Face-à-face devant le Marriott
Les policiers discutent avec les personnes présentes, qui disent « exprimer des inquiétudes » à propos de ce car vu dans le secteur. Les agents les détrompent : leurs soupçons sont infondés. Officiellement, la police ne confirme pas l’identité des passagers. Mais, selon le Guardian, il s’agit bien des jeunes joueurs de l’équipe du Pakistan U-19, logés dans l’établissement.
Un conseiller municipal du parti anti-immigration Reform UK se rend lui aussi sur place. Une fois la méprise confirmée, il contribue à disperser la foule. Le groupe d’environ 30 personnes se sépare rapidement. Aucun délit n’est relevé, précise la police.
Pendant que la jeunesse pakistanaise du cricket se retrouve, malgré elle, au centre d’un malentendu politique, la sélection A du Pakistan dispute, elle, le troisième Test contre l’Angleterre à Edgbaston, à Birmingham. Deux mondes censés rester séparés. Ils se sont télescopés sur un parking d’hôtel.
« C’est là que mène le bouc émissaire »
Pour les militants antiracistes, l’épisode n’a rien d’anecdotique. Michael Bradley, organisateur national de l’association Stand Up To Racism, dénonce une scène révélatrice : « C’est là que peut mener le fait de faire des réfugiés et des migrants des boucs émissaires », estime-t-il.
Son constat est brutal : lorsque l’équipe U-19 du Pakistan se retrouve face à des protestations parce qu’elle « pourrait » être un groupe de migrants, cela signifie, selon lui, que n’importe quel groupe de personnes noires ou asiatiques arrivant en ville devient une cible potentielle pour l’extrême droite.
La logique, dit-il, est implacable. Et la trajectoire, limpide : « On voit bien où tout cela va finir — par des attaques racistes et davantage de violences.
Un car de jeunes sportifs, un hôtel de chaîne, une banlieue anglaise ordinaire. Et, en toile de fond, une question qui ne cesse de hanter le débat public britannique : jusqu’où cette colère dirigée contre les migrants va-t-elle déborder sur tous ceux qui leur ressemblent, sans même les connaître ?




