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County Championship : Somerset, Nottinghamshire et Warwickshire en course pour le titre

À deux journées du dénouement, le County Championship offre le scénario que tout sport espère et que presque aucun ne parvient à tenir sur la durée : trois équipes, cinq petits points d’écart, un seul trophée à brandir le dimanche 27 septembre. Somerset, Nottinghamshire et Warwickshire entrent dans la dernière ligne droite sans filet, chacun avec une chance réelle de finir champion 2026.

Aucun duel direct. Pas de finale annoncée, pas de choc décisif au calendrier. Le titre va se jouer à distance, éclaté sur six rencontres, sous les nuages, la lumière déclinante et parfois… le tirage au sort du toss. Un championnat à l’ancienne, où l’on scrute autant le ciel que le tableau de scores.

Somerset, la quête d’un Graal

En tête, il y a Somerset. Et derrière ce nom, la plus grande histoire romantique du cricket de comté moderne. L’un des trois seuls counties à n’avoir jamais été sacrés champions. À Taunton, ce trophée n’est pas un simple objectif sportif : c’est une obsession collective.

La comparaison n’est pas exagérée. On pense à la longue nuit des Boston Red Sox avant la fin de la “Curse of the Bambino”, aux 114 ans d’attente de Hibernian pour regagner la Scottish Cup, à Mayo qui a enfin brisé sa série de défaites en finale de l’All-Ireland Gaelic Football. Somerset vit dans ce registre-là : la malédiction silencieuse, les saisons qui passent, l’espoir qui refuse de mourir.

Le paradoxe, c’est que ce club a connu la gloire. La fin des années 1970 et le début des années 1980 ont été marqués par une génération mythique : Ian Botham, Joel Garner, Viv Richards, un trio qui a empilé les titres en one-day. Plus récemment, le T20 Blast a offert de nouveaux trophées et des nuits de fête. Mais le Championship, l’étalon historique du cricket de comté, leur échappe toujours.

Et ils ont déjà tant frôlé la ligne. Entre 2001 et 2019, Somerset a terminé six fois dauphin. Six fois à portée de main. Six fois renvoyé à ses regrets.

Certains de ceux qui ont vécu la dernière désillusion sont encore là. Tom Abell, Lewis Gregory, Craig Overton, Jack Leach : tous faisaient partie de l’équipe finaliste la plus récente, tous restent au cœur du projet actuel. Overton, surtout, signe une saison majuscule, balle en main comme au bâton. Mais il se garde bien de lever les yeux trop loin.

« Il reste encore un long chemin dans ce Championship et tellement de cricket à jouer », a-t-il confié à BBC Radio Somerset. « On doit juste continuer à faire ce qu’on sait faire, rester sur les bases, et voir où on en est à la fin de ce match. »

La situation est aussi excitante que précaire. Somerset peut être champion dès cette semaine en cas de victoire combinée à des défaites de Nottinghamshire et Warwickshire. Mais le même enchaînement de résultats, inversé, peut les reléguer troisièmes et presque hors course dès vendredi soir. Voilà le genre de marge qui fait monter la tension dans une ville déjà folle de cricket.

Nottinghamshire, le tenant sous pression

Dans le rôle du champion à défendre, Nottinghamshire. Il y a un an, ce n’était pas eux qu’on attendait. Ils avaient surgi pour empêcher Surrey d’aligner un quatrième titre consécutif, avec notamment un succès marquant au Kia Oval.

Cette fois, ils ne surprennent plus personne. Ils incarnent la cible à abattre. Nottinghamshire cherche à devenir la première équipe du club à conserver le titre, et ce statut change tout : chaque faux pas coûte plus cher, chaque match ressemble à un examen de passage.

Sur le plan individuel, Joe Clarke écrase la saison au bâton. Avec 1 240 runs, il a presque 300 unités d’avance sur n’importe quel autre joueur de Division One. Un gouffre statistique qui raconte à quel point il porte l’attaque. Derrière, le duo Olly Stone – Dillon Pennington mène une attaque qui a bousculé toutes les lignes adverses.

Et pourtant, un accroc a suffi pour relancer tout le monde. L’incapacité à battre Leicestershire, pourtant en difficulté, plus tôt ce mois-ci, a ouvert la porte à Somerset, qui en a profité pour passer devant. Nottinghamshire a ensuite dû s’arracher pour s’imposer de 54 runs face à Hampshire à Trent Bridge, un succès tendu qui maintient l’écart à quatre points entre les deux premiers.

Olly Stone, auteur d’un impressionnant 9-95 dans ce match, connaît parfaitement l’enjeu des deux dernières journées : « On savait tous en arrivant cette semaine ce qu’il fallait faire pour rester pleinement dans la course avant les deux derniers matchs, a-t-il expliqué. On va à Sussex maintenant, ils jouent un très bon cricket en ce moment, puis on revient à la maison contre Yorkshire, et là on saura exactement ce qu’il faudra faire. J’espère qu’on pourra pousser fort pour ramener le titre encore une fois. »

Entre l’ambition de doublé de Nottinghamshire, la faim jamais rassasiée de Somerset et la présence tapie de Warwickshire, le moindre mauvais choix de champ, la moindre session perdue, peut faire basculer la saison.

Un sprint final à coups de bonus

Avec un écart aussi infime, les points de base ne suffisent plus à lire le classement. Il faut entrer dans la mécanique des bonus, ces unités qui transforment chaque session de jeu en mini-bataille tactique.

Sur les deux derniers matchs, une équipe peut récolter jusqu’à 48 points. Et même un carton plein de Somerset – deux victoires, bonus maximisés – ne garantit pas le titre. Tout dépendra des bonus glanés ou abandonnés par Nottinghamshire et Warwickshire.

Le barème est simple sur le papier, redoutable dans ses implications. Une victoire rapporte 16 points, un nul 8, une défaite rien. À cela s’ajoutent les bonus de batting pour les runs inscrits dans les 110 premiers overs de la première manche : 1 point entre 250 et 299 runs, 2 points entre 300 et 349, 3 points entre 350 et 399, 4 points entre 400 et 449, 5 points au-delà de 450.

Même logique côté bowling, toujours dans les 110 premiers overs de la première manche : 1 point pour 3 à 5 wickets, 2 points pour 6 à 8, 3 points pour 9 ou 10. En clair, un match parfaitement maîtrisé peut rapporter jusqu’à 24 points : victoire + maximum de bonus.

Résultat : les calculatrices vont chauffer dans les tribunes et devant les écrans. Chaque boundary dans la première manche, chaque wicket pris avant la 110e over peut valoir un titre ou le faire filer ailleurs. Le suspense ne se jouera pas seulement sur les scores finaux, mais sur les courbes de progression à l’intérieur des rencontres.

Pendant quatre jours, les regards vont donc naviguer d’un terrain à l’autre, d’un score à l’autre, d’un nuage menaçant à une décision de capitaine au toss. Somerset rêve de briser enfin sa malédiction, Nottinghamshire veut s’installer durablement au sommet, Warwickshire guette l’ouverture.

Le County Championship n’a pas souvent offert un final aussi serré. Reste une question, simple et brutale : qui aura encore les nerfs pour jouer son cricket quand le titre se jouera, peut-être, à un seul bonus point ?