County Championship : Jake Lehmann maintient Hampshire en vie
À Trent Bridge, la journée avait tout pour appartenir aux champions en titre. Elle a finalement pris l’accent australien. Jake Lehmann, 115* au soir du deuxième jour, a tenu Hampshire à bout de bras dans ce duel de Division One face à Nottinghamshire, et transformé une situation fragile en résistance organisée.
Nottinghamshire, fort de ses 377 inscrits la veille – avec les 105 de Clarke et les 92 de Liam Patterson-White – pensait avoir posé les bases d’un match sous contrôle. Hampshire, en difficulté cette saison avec une moyenne famélique de 24,50 runs par wicket perdu, paraissait taillé pour plier. Mais Lehmann n’a pas lu le script.
Lehmann, la patte du père, le sang-froid du fils
Arrivé au crease à 48-2, le gaucher sud-australien, qui évolue sous passeport britannique, a imposé son tempo. Jeu de jambes inventif, angles surprenants, une touche qui rappelait immanquablement son père Darren. À la pause déjeuner, il pointait déjà à 33 sur 29 balles, et Hampshire à 114-3, soudain plus menaçant.
Il a ensuite construit, patiemment, sans jamais perdre l’initiative. Son cent est tombé en 160 balles, symbole d’un mélange parfait entre autorité et gestion du risque. À la fermeture, il restait invaincu sur 115, à un run seulement de son meilleur score sur le sol anglais – 116, déjà en 2016, sous le maillot de Yorkshire, l’ancien comté de son père.
Au-delà des chiffres, son innings a surtout redonné un souffle à une équipe qui manque cruellement de constance au bâton, tout en le propulsant à 922 runs dans l’élite cette saison, le plaçant au deuxième rang des meilleurs totaux de Division One.
Un faux départ pour Notts, puis une matinée trompeuse
La journée avait pourtant commencé par un coup de tonnerre en faveur de Nottinghamshire. Première balle du matin : Olly Stone, ligne droite, vitesse pleine, fait jouer Felix Organ du bout de la batte. Défense incertaine, bord extérieur, pris derrière. Organ repart pour 6. Hampshire tombe à 12-1, Trent Bridge gronde, Notts croit tenir un début de démolition.
La réponse se veut d’abord calme. Toby Albert (31) et Nick Gubbins (35) remettent l’équipe sur les rails. Pendant 18 overs, Nottinghamshire ne trouve pas la faille. Puis tout bascule en quatre balles.
Tom Giles, quatrième lanceur, seulement son deuxième match, s’invite dans le débat. Albert joue autour d’une balle pleine, LBW. Dillon Pennington reproduit quasiment la même recette pour Gubbins, cette fois en venant autour du wicket pour le gaucher. Même sanction. Deux LBW, deux coups de massue. Hampshire retombe, et les nouveaux batteurs n’ont même pas encore pris la mesure du terrain.
À 141, la pente se redresse de nouveau. Joe Weatherley juge mal, laisse passer une balle de Stone sans jouer un coup. Troisième LBW consécutif pour 25. L’élan vacille encore.
Patterson-White étouffe, Sheat frappe, mais Hampshire s’accroche
Liam Patterson-White, déjà héros au bâton la veille, prend le relais au lancer. Son orthodoxe bras gauche, installé au Stuart Broad End, verrouille l’après-midi. 21 overs, seulement 28 runs concédés, aucune wicket, mais une pression constante qui compresse le score. Entre son entrée en scène et le thé, Hampshire ne marque que 50 runs en 30 overs. Le match se resserre, balle après balle.
Ben Brown, jusque-là appliqué, craque d’un coup : un cut trop ambitieux, trop dur, file directement dans les mains du premier slip. Fraser Sheat, déjà dans le rythme, en profite pour signer un deuxième succès en dix balles en faisant tomber le jeune Ben Mayes pour 1. À 190-6 au thé, la ligne de survie paraît bien fine.
C’est là que Scott Currie s’avance pour jouer l’ombre portée de Lehmann.
Currie, 143 balles de résistance
Currie n’a qu’un seul century en carrière, inscrit il y a deux ans en prêt à Leicestershire. Il ne cherche pas à rejouer ce scénario. Il vient pour survivre. 143 balles, 35 runs, un rôle de bouclier assumé face à un Nottinghamshire qui sent la possibilité de plier l’affaire.
Avec Lehmann, il bâtit un septième wicket de 97 runs, étalé sur 38 overs. Un partenariat qui change le ton du match. Nottinghamshire voit les overs défiler, les bonus points s’éloigner. À 216, Patterson-White laisse la place au deuxième nouveau ballon. Notts croit à un dernier coup d’accélérateur. Rien ne vient. Les minutes s’égrènent, la frustration monte.
Il reste 31 balles dans la journée quand Sheat, enfin, trouve la brèche. Une balle parfaite, ligne et longueur idéales, qui passe la défense de Currie et fait exploser les stumps. Soulagement pour Notts, mais le mal est fait : Hampshire a tenu, Lehmann est toujours là.
Hampshire ferme sur 267-7, à 110 runs de Nottinghamshire. Les visiteurs prennent 4 points, les champions 5, et le match reste ouvert.
Notts sous pression, Lehmann en patron
Pour Nottinghamshire, la frustration est palpable. Depuis leur dernière victoire, contre Surrey il y a 18 jours, les champions peinent à imposer leur loi sur la durée. Il leur faudra encore deux wickets en dix overs au matin du troisième jour pour décrocher le maximum de points de bonus, avant même de penser à forcer un succès.
Face à eux, un Jake Lehmann en pleine confiance, à un run d’égaliser sa meilleure marque en Angleterre, et un Hampshire qui, malgré ses lacunes au bâton cette saison, a prouvé qu’il savait encore mordre.
La question est simple : Nottinghamshire saura-t-il enfin convertir sa domination en victoire, ou laissera-t-il encore filer un match qu’il semblait contrôler ?




