Les Clippers punis : Rui Hachimura face au regret
La nouvelle a traversé la ligue comme un coup de tonnerre. La NBA a frappé fort les Los Angeles Clippers après son enquête sur une violation du salary cap autour de Kawhi Leonard. Sanctions historiques : cinq futurs premiers tours de draft envolés, une amende pour Leonard, une autre pour Steve Ballmer accompagnée d’une suspension. Un séisme sportif et institutionnel.
Dans ce décor de franchise brutalement freinée dans son projet, un nom revient avec insistance : Rui Hachimura. L’ailier japonais, longtemps chouchou des Lakers, a choisi cet été de traverser le couloir du Crypto.com Arena pour signer chez le rival. Aujourd’hui, alors que les Clippers encaissent la sentence, une question s’installe : a‑t‑il misé sur le mauvais cheval ?
« Ouch » sur le contrat, et un autre futur possible à San Antonio
Sur X, l’analyste des San Antonio Spurs, Dusty Garza, n’a pas tourné autour du pot. Il a rappelé que Hachimura, 28 ans, avait eu une autre porte grande ouverte : celle du Texas.
Selon lui, les Spurs l’avaient appelé avec la full midlevel exception, prêts à l’installer aux côtés de Victor Wembanyama dans un projet déjà armé de capital draft et d’un horizon radieux. Un rôle clair, un environnement en pleine ascension, un statut de pièce majeure d’un contender en construction.
Hachimura a finalement choisi… le même salaire. Deux ans, 28 millions de dollars pour rester à Los Angeles, mais cette fois sous le maillot des Clippers. Avec une nuance lourde de sens : une option d’équipe sur la deuxième année. Un détail contractuel que Garza a résumé d’un « Ouch » cinglant. Selon lui, face aux hésitations du joueur, San Antonio a immédiatement changé de plan et s’est rabattue sur Tobias Harris.
À la lumière du tremblement de terre qui frappe aujourd’hui les Clippers, le scénario alternatif a de quoi faire réfléchir. Les Spurs, leur structure, Wembanyama, leur marge de progression, leur stock de picks : sur le papier, la route texane apparaît comme la voie la plus sûre. Hachimura, lui, a priorisé un autre critère, évident : rester à Los Angeles.
Pourquoi San Antonio s’est détourné de Hachimura
Un autre regard vient nuancer l’idée d’un énorme rendez-vous manqué. Le journaliste Brett Siegel a rappelé que, si San Antonio avait bien discuté avec le camp Hachimura, la franchise ne le considérait pas comme une cible vraiment réaliste.
Les Spurs cherchaient autre chose : de l’expérience, du leadership vétéran, mais sur du court terme, pas sur un engagement long. Leur priorité se nommait déjà Tobias Harris, profil plus établi dans ce registre, et l’intérêt pour Hachimura n’a jamais vraiment décollé au-delà d’un simple contact.
L’image est donc moins celle d’un joueur qui a repoussé les Spurs que celle d’un flirt sans véritable suite. Reste que, sportivement, l’idée de voir Hachimura autour de Wembanyama, dans une équipe patiemment construite, a de quoi faire saliver aujourd’hui, alors que les Clippers voient leur avenir amputé de plusieurs premiers tours de draft.
Les Lakers, un choix à contretemps ?
Un autre débat agite Los Angeles : les Lakers ont‑ils laissé filer trop facilement un joueur qui leur correspondait parfaitement ?
La franchise a fait le forcing sur Jonathan Kuminga en free agency, tout en donnant le sentiment de ne pas avoir poussé très loin pour conserver Hachimura. Le contraste interroge. Kuminga reste un pari, explosif mais encore irrégulier. Hachimura, lui, a déjà prouvé. Il est plus poli, plus stable, et surtout, il s’est imposé comme l’un des tireurs à trois points les plus fiables de la ligue.
Les chiffres parlent. La saison dernière, il a rentré 44,3 % de ses tirs longue distance, un taux parmi les meilleurs de la NBA, pour 11,5 points de moyenne. En playoffs, il s’est transformé en véritable lance-flammes : 57 % de réussite derrière l’arc, près de 18 points par match. Dans une ligue obsédée par le spacing, ce genre de profil ne court pas les rues.
Au-delà des stats, Hachimura semblait bien intégré au vestiaire des Lakers, proche de joueurs majeurs comme Luka Doncic et Austin Reaves. Une alchimie rare, difficile à recréer.
Pendant ce temps, les Lakers cherchent toujours la bonne formule au poste d’ailier fort titulaire. Et l’idée que Hachimura aurait pu stabiliser ce poste, tout en offrant une menace extérieure élite, s’impose presque comme une évidence.
Un présent compliqué, un futur piégé
Pour Hachimura, la situation est paradoxale. Il a obtenu ce qu’il voulait sur le plan personnel : rester à Los Angeles, dans une grande franchise, sous les projecteurs. Mais le contexte sportif vient de basculer. Les Clippers perdent cinq premiers tours de draft, un handicap massif pour ajuster l’effectif à moyen terme. L’organisation se retrouve brusquement ralentie dans son ambition de rester au sommet de la conférence Ouest.
San Antonio, de son côté, avance tranquillement avec Wembanyama et Tobias Harris, une pile de picks et une trajectoire ascendante. Les Lakers, eux, bricolent leur rotation au poste 4 en regardant leur ancien sniper à trois points évoluer chez le voisin sanctionné.
Personne ne sait encore jusqu’où iront les conséquences de ce dossier Leonard–Clippers. Mais une chose est sûre : chaque tir longue distance réussi par Rui Hachimura sous le maillot de l’autre équipe de L.A. rappellera, à des degrés différents, trois regrets possibles. Celui des Clippers, frappés en plein projet. Celui des Spurs, qui ont effleuré un fit séduisant. Et celui des Lakers, qui pourraient bien se dire, en regardant leur banc : ce poste d’ailier fort, il n’était peut‑être déjà plus un problème.




