Carlos Alcaraz se retire d'un mouvement des joueurs au US Open
Carlos Alcaraz est revenu à l’US Open avec le visage qu’on lui connaît le mieux : celui d’un prétendant crédible au titre. Mais loin du bruit de Flushing Meadows, une autre partie de son histoire a changé de ton. L’Espagnol ne fait plus partie de l’un des mouvements les plus structurés de ces dernières années sur le circuit : la campagne des joueurs pour une plus grande part des revenus des Grands Chelems.
Un poids lourd qui quitte la table
Selon The Times, Albert Molina, l’agent historique d’Alcaraz, a prévenu juste avant le début de l’US Open le groupe à l’origine de cette campagne : son joueur se retire du mouvement. Pas de communiqué, pas de scène publique. Un retrait silencieux, mais lourd de symbole.
Ce collectif avait pourtant réuni quelques-unes des figures majeures du circuit : Aryna Sabalenka, Jannik Sinner, Coco Gauff, entre autres. Leur objectif était clair : obtenir une part plus importante des revenus générés par les Grands Chelems, améliorer le bien-être des joueurs et peser davantage sur les décisions qui façonnent le calendrier et les conditions de jeu.
Alcaraz avait soutenu cette bataille. Il en était l’un des visages forts, celui de la nouvelle génération qui refuse de n’être qu’une force d’appoint. Désormais, son discours public s’est déplacé. Le cœur de son message ne porte plus sur les pourcentages de revenus, mais sur une autre donnée devenue centrale dans sa carrière : la quantité de tennis qu’on demande aux meilleurs de jouer.
« À l’avenir, je vais prendre des pauses, des longues pauses, a-t-il expliqué. Peut-être pas quatre mois, mais un mois, deux mois, manquer certains tournois, parce que c’est impossible de tous les jouer. »
Le ton est posé, mais la phrase claque. Le combat d’Alcaraz, pour l’instant, se situe ailleurs.
La bataille des revenus continue sans lui
L’initiative des joueurs a officiellement démarré en mars 2025, avec une cible chiffrée : faire grimper leur part des revenus des Grands Chelems à 22 % d’ici 2030. Au fil de la saison 2026, la tension est montée d’un cran. Les frustrations ont cessé d’être murmurées dans les vestiaires pour devenir publiques.
Jannik Sinner l’avait résumé sans détour : il ne s’agissait pas seulement d’argent.
« C’est plus une question de respect, tu sais ? Parce que je pense qu’on donne beaucoup plus que ce qu’on reçoit en retour », avait-il lancé.
Le message s’est matérialisé sur le terrain médiatique : lors de Roland-Garros, certains joueurs ont réduit leurs engagements avec la presse avant le tournoi, un geste symbolique pour dénoncer la part de revenus qui, selon eux, ne reflétait pas leur rôle dans le spectacle.
Les organisateurs n’ont pas complètement fermé la porte. Wimbledon a relevé sa dotation globale à 64,2 millions de livres. L’US Open a augmenté la compensation totale des joueurs de 20 %, pour atteindre 108 millions de dollars, tout en ajoutant un programme de soutien aux joueurs doté de 2 millions de dollars. Les quatre majeurs ont aussi accepté la création d’un Grand Slam Player Council, un organe censé donner une voix plus structurée aux athlètes.
Le départ d’Alcaraz ne signifie pas qu’il s’oppose à ces objectifs. Rien ne permet de l’affirmer. Mais il enlève à ce front commun l’un de ses porte-drapeaux les plus influents. L’image d’unité entre les grandes stars, élément clé de la stratégie, en sort forcément affaiblie.
Cinq mois perdus, une leçon retenue
Son choix s’explique aussi par le contexte personnel. Une blessure au poignet l’a écarté des courts pendant près de quatre mois et demi. Il a manqué Roland-Garros. Il a manqué Wimbledon. Pour un joueur habitué à enchaîner les grandes scènes, le vide a été brutal.
Au moment de son retour à New York, une question planait : quel niveau pourrait-il proposer après une telle coupure ? La réponse est arrivée vite. Très vite.
Roman Safiullin, Jaime Faria, Wu Yibing, puis Tommy Paul : tous sont tombés avant les quarts de finale. Paul, lucide, a reconnu l’écart ressenti sur le court.
« J’ai eu l’impression qu’il jouait à un niveau complètement différent du mien », a-t-il avoué.
Alcaraz, lui, a retrouvé ce mélange de confiance et de défi qui le caractérise.
« Donc ça ne change probablement rien que j’aie été absent quatre mois et demi, a-t-il lancé. Chaque fois que je viens ici, je joue mon meilleur tennis. »
La blessure, pourtant, a laissé une empreinte. Elle lui a rappelé ce que coûtent les saisons à rallonge, les enchaînements sans respiration, les déplacements permanents. Il reste en course pour les plus grands trophées, mais il ne fait plus semblant de pouvoir tout disputer.
Il choisira. Il coupera. Il manquera des tournois.
La campagne pour les 22 % continuera sans lui. Lui, en revanche, semble avoir déjà identifié sa propre ressource la plus précieuse : son corps, et le temps qu’il accepte de lui accorder.




