logo

Carlos Alcaraz fait son retour triomphal à Arthur Ashe

Quatre mois et demi à regarder les autres soulever les trophées. Quatre mois et demi à tester un poignet, à douter d’un geste, à se demander quand le corps dira enfin oui. Lundi soir, sous les projecteurs d’Arthur Ashe Stadium, Carlos Alcaraz a rangé les questions et remis le costume de champion en titre du US Open.

Face au Russe Roman Safiullin, 99e mondial, l’Espagnol a signé un retour sans bavure au tableau d’affichage : 6-4, 6-4, 6-4. Sec, propre, sans manche concédée. Mais l’essentiel était ailleurs. Dans l’énergie. Dans le bruit. Dans ce sourire qui n’a quasiment pas quitté son visage.

« J’ai manqué le public, l’énergie, la compétition – tout m’a manqué », a-t-il lancé sur le court, encore essoufflé. On le croyait. On le voyait.

Le poignet bandé, le bras délié

Compression noire sur l’avant-bras droit, poignet protégé, mais bras totalement libéré. Son coup droit, cette gifle de l’autre monde, a vite repris possession des lieux. Sur les 28 coups gagnants qu’il inscrit, la plupart sortent de cette arme-là, claquée pleine balle comme si ces 139 jours n’avaient jamais existé.

« Je me suis senti très bien. De l’intérieur, j’avais l’impression de frapper normalement », explique-t-il. Normal chez Alcaraz, c’est tout sauf ordinaire. Accélérations fulgurantes, angles impossibles, contre-pieds en bout de course : le spectacle est revenu avec lui.

Chaque winner déclenche le même rituel. Poing serré, regard vers son clan, cri rageur : « Vamos ! ». Les tribunes répondent, montent en volume, se calent sur son intensité. On n’est plus dans une reprise prudente, mais dans un show assumé.

Le numéro 2 mondial s’amuse. Il sourit entre les points, chantonne sur un morceau de Michael Jackson au changement de côté, joue avec le public. Quand il conclut un rallye étouffant par un amorti de velours dans son dernier jeu de service, il lève le poing vers le ciel, porte la main à l’oreille, réclame encore plus de bruit. Arthur Ashe obéit.

L’ancien vainqueur de Wimbledon Pat Cash, au micro de BBC Radio 5 Sports Extra, résume la scène : chaque petit point gagné ressemble à une célébration. Alcaraz, lui, assume son credo : « Je veux profiter à chaque fois que j’entre sur le court, sentir l’énergie des gens. Les résultats viendront après. C’est pour ça que j’ai autant apprécié aujourd’hui. Je suis venu ici pour ça. »

Un service en rodage, une tête encore en alerte

Tout n’est pas encore parfaitement huilé. Son bras de feu masque un secteur plus fragile : le service. Deux aces seulement, cinq doubles fautes, et une puissance en retrait par rapport à ses standards.

Les chiffres nuancent toutefois le tableau : 68 % de premières balles, 66 % des points gagnés derrière. Suffisant pour contrôler Safiullin, pas encore assez pour viser le titre sans frisson. Alcaraz ne s’en cache pas : « Le service est le coup avec lequel j’ai le plus de mal. » Il précise aussi avoir volontairement ralenti certaines mises en jeu pour surprendre son adversaire.

Il promet de monter en régime : « Je vais essayer de mieux servir. L’objectif, c’est de revenir à un service normal, mais c’est un coup avec lequel j’ai toujours un peu de difficultés. Ça reviendra, c’est sûr. »

Physiquement, il ne donne pas l’impression de tirer la langue. Pourtant, la question l’a travaillé avant d’entrer sur le court : tenir cinq sets, est-ce déjà dans les cordes ? « Il y a eu des doutes pendant le match, je ne vais pas mentir. Je me demandais si j’allais tenir en quatre, cinq sets. J’ai besoin de plus de matchs pour retrouver le rythme du tournoi. Je suis sûr que je vais être de mieux en mieux chaque jour. »

Pour une reprise en Grand Chelem, le message reste clair : le corps répond, le jeu suit, la marge de progression existe encore.

Un tableau qui s’ouvre, une opportunité à saisir

Le contexte, lui, commence à prendre des allures de boulevard potentiel. Alexander Zverev, vainqueur de Roland-Garros et tête de série numéro 1, se trouve dans l’autre moitié de tableau. Une éventuelle affiche entre les deux hommes ne pourrait survenir qu’en finale.

Jannik Sinner, numéro 1 mondial, n’est même pas à New York, arrêté par un genou récalcitrant. Novak Djokovic, 24 titres du Grand Chelem au compteur, a quitté la scène dès le premier tour, surpris par l’Argentin Mariano Navone. Un séisme dans le tournoi, une porte entrouverte pour les autres.

Autre pièce majeure qui tombe : Arthur Fils, tête de série numéro 10, auréolé de son titre au Cincinnati Masters et cité parmi les prétendants, sort dès son entrée en lice, battu par Stefanos Tsitsipas. Résultat : avant les demi-finales, le seul top 10 susceptible de croiser la route d’Alcaraz se nomme Ben Shelton, potentiel adversaire en quart.

Pour l’heure, le prochain obstacle se présente sous le nom de Jaime Faria, 72e mondial, Portugais. Sur le papier, un tour de chauffe supplémentaire. Sur le terrain, une autre étape dans la reconstruction.

Cet été, Alcaraz a regardé Alexander Zverev soulever la Coupe des Mousquetaires, puis Jannik Sinner s’emparer de Wimbledon. Il a vu la course continuer sans lui. À New York, il n’est plus spectateur. Il est de retour au centre, poing serré, regard brûlant, prêt à remettre son empreinte sur un tableau qui, soudain, semble lui tendre les bras.