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Brembo et le défi du freinage en Formule 1 pour 2027

À Curno, le compte à rebours de 2027 a déjà commencé. Dans les ateliers de Brembo, les disques tournent sur les bancs d’essai jour et nuit, pendant que la Formule 1 bascule dans une nouvelle ère où le freinage n’a jamais été aussi complexe.

Préparer ce virage réglementaire a été un chantier colossal pour l’équipementier italien. La nouvelle génération de monoplaces, plus hybride que jamais, impose un travail en continu à un fournisseur connecté à toutes les équipes, obligé de vivre sur deux lignes de temps : répondre aux exigences de la saison en cours tout en dessinant, déjà, le système de freinage de 2027.

Une équation technique qui se complique

Au cœur de cette mutation, un paramètre change tout : le ratio entre puissance thermique et puissance électrique. La décision de la FIA, tombée en juin après de longues consultations, fixe une trajectoire précise. Passage à un ratio 58:42 en 2027, puis 60:40 en 2028. Sur le papier, quelques chiffres. Dans les bureaux d’études, une petite révolution.

Andrea Dellavedova, ingénieur de piste chez Brembo, résume le casse-tête : la moitié de saison déjà disputée a permis de tracer une direction, d’accumuler des données, de valider des pistes. Mais ce socle technique se fissure déjà. Ce qui fonctionne avec le ratio actuel perdra une grande partie de sa pertinence au moment de concevoir les systèmes adaptés à la nouvelle répartition d’énergie.

Le constat est brutal : il faut repenser le système presque à partir d’une feuille blanche, tout en continuant à livrer des composants compétitifs pour les courses qui s’enchaînent. Une double pression permanente.

Un calendrier impitoyable

La décision réglementaire est tombée tard, et chaque semaine compte. Dans un environnement où tout va à la seconde près, Brembo réclame surtout du temps. Du temps pour concevoir, pour prototyper, pour tester, puis pour lancer la production en série.

Le processus ne se plie pas aux urgences du calendrier. Entre le dessin d’un disque et sa sortie de four, il se passe des mois. Le carbone doit cuire, subir plusieurs traitements, rester de longues heures au four. Les étriers exigent, eux aussi, un passage prolongé sur les machines. Rien ne se fait « en quelques semaines ».

La demande des équipes, elle, ne laisse aucun répit. Elles veulent les nouveaux composants dès le début de l’année prochaine. Résultat : certaines phases se chevauchent. Brembo teste parfois pendant que la production démarre déjà, pour ne pas perdre un jour. Un numéro d’équilibriste permanent, avec la saison en cours d’un côté et 2027 qui se rapproche de l’autre.

Curno, la “cuisine des sorciers”

Si le défi est immense, la base de travail, elle, est solide. Brembo s’appuie sur une infrastructure de pointe et une organisation pensée pour aller vite sans sacrifier la précision.

Le centre opérationnel et administratif est installé à Kilometro Rosso, le parc scientifique et technologique de Bergame. Mais le cœur battant du programme compétition se trouve à Curno, à quelques kilomètres du siège. C’est là que naît la technologie F1. Là que les idées deviennent des pièces capables d’encaisser les freinages les plus violents du plateau.

Dans ce bâtiment, les bancs d’essai tournent 24 heures sur 24, six jours sur sept. Les ingénieurs y valident matériaux, géométries, dimensions, sous toutes les contraintes possibles. Cette proximité entre bureaux d’études, ateliers et bancs de tests offre un avantage décisif : le concepteur qui vient de finaliser une pièce sur son ordinateur n’a que quelques mètres à faire pour la voir montée sur un banc, observer les résultats, parler directement avec les techniciens, toucher le produit en cours de développement.

Pas de silos, pas de délais de communication. Tout se joue dans le même bâtiment, presque sur le même étage. Dans une discipline où le moindre jour de retard peut se payer en dixièmes, cette fluidité interne pèse lourd.

Confiance sous pression

La tâche reste immense, le temps serré, les règles en mouvement. Mais à écouter Dellavedova, la maison italienne avance avec une forme de sérénité. Les délais sont tenus, les performances suivent la courbe attendue, et l’expérience accumulée en Formule 1 sert de boussole.

Brembo sait que les prochains mois seront décisifs. Entre les fourneaux où mûrissent les disques en carbone et les écrans où s’affichent les nouvelles cartographies de freinage, la course a déjà commencé. La question n’est plus de savoir si 2027 arrivera trop vite.

La vraie question, désormais, est de voir qui, au premier gros freinage de cette nouvelle ère, osera freiner le plus tard.