Bouchier et Dunkley pulvérisent le record de poursuite en ODI
L’Angleterre a passé sa soirée à courir après la balle, à enchaîner les largesses au lancer… puis à pulvériser son propre record de poursuite. À Leicester, une équipe largement remaniée a effacé ses errements de la première manche en avalant 282 runs avec 71 balles d’avance, plus haute chasse réussie de son histoire en ODI.
Le contraste était saisissant. Chaotique en défense, clinique en attaque.
Un duo d’ouverture qui change tout
Maia Bouchier et Sophia Dunkley ont posé le décor dès les premiers instants. Pas de round d’observation, pas de calcul. Juste des frappes franches, des courses agressives et une Irlande vite sous l’eau.
Les deux ouvreuses ont empilé 143 runs en moins de 20 overs. Dunkley (73 sur 61 balles) a donné le ton, fluide, constamment en avance sur le rythme. Bouchier, elle, a construit plus long, plus lourd. Son 104 sur 95 balles, deuxième centaine en ODI, a servi de colonne vertébrale à une poursuite menée sans panique, sans accroc majeur.
L’Irlande a pourtant eu des fenêtres. Des balles trop courtes ou trop pleines offertes aux Anglaises, des erreurs de mains dans le champ, des limites concédées presque sans résistance. À ce niveau, cela ne pardonne pas. Quand Bouchier a frappé quatre fois de suite à la limite face à Jane Maguire en début de manche, le ton était donné : l’Angleterre n’allait pas se contenter de gérer.
Capsey, Kemp et la finition en mode rouleau compresseur
Une fois Dunkley reprise en retour de bâton par la leg-spinner Cara Murray, l’Irlande a cru pouvoir ralentir la machine. À 173-2 dans le 24e over, avec Jodi Grewcock nettoyée par une superbe balle flottante de Murray, l’Angleterre perdait un peu de son élan. Mais seulement un peu.
Bouchier a trouvé un relais avec Alice Capsey : 50 runs ajoutés en 47 balles, histoire de recaler la poursuite sur un tempo confortable. Puis est arrivée Freya Kemp, et la partie a basculé dans une autre dimension.
Dans le 34e over, Kemp a matraqué Arlene Kelly : quatre limites consécutives, un coup de massue psychologique sur une Irlande déjà fragilisée. L’all-rounder a frappé 36 sur 22 balles, dominant un partenariat de 54 runs en 38 balles avec Capsey (41* sur 40), qui a terminé le travail sans trembler. L’ultime point, un quatre au deep midwicket après une nouvelle approximation défensive irlandaise, a parfaitement résumé la soirée : l’Angleterre n’a jamais vraiment été sous pression.
Seule petite ombre pour les locales : Kemp a tenté de conclure avec un six monumental et a fini dans les mains au deep midwicket, encore une fois sur Murray, meilleure lanceuse irlandaise avec 3-58. Un détail dans une poursuite maîtrisée de bout en bout.
Une défense anglaise brouillonne, Capsey brille aux gants
Si la manche au bâton a rassuré, celle au lancer a laissé des questions. Sans Sophie Ecclestone ni Lauren Bell, laissées au repos comme Nat Sciver-Brunt, Danni Wyatt-Hodge et Amy Jones, l’Angleterre a offert 33 extras, dont 20 wides. Beaucoup trop pour une équipe qui vise le très haut niveau.
Dans ce contexte brouillon, une éclaircie : Alice Capsey derrière les stumps. Propulsée wicketkeeper en l’absence d’Amy Jones, elle a saisi sa chance. Une superbe prise à une main sur sa droite dès le cinquième over, des mouvements nets, une assurance rare pour un rôle qui n’est pas le sien en temps normal. Si elle confirme sur les deux prochains matches, la hiérarchie pourrait se compliquer pour Jones dans les mois à venir.
Au lancer, la capitaine intérimaire Charlie Dean a été la plus solide. Ses 2-44 ont apporté un peu d’ordre dans un ensemble trop généreux. Issy Wong (2-57) a connu un départ très nerveux, avec quatre wides d’affilée dans son troisième over, mais a trouvé le moyen de casser le gros partenariat irlandais.
Lewis, Hunter et Stokell donnent du fil à retordre
Car l’Irlande n’a pas seulement profité des cadeaux anglais. Elle a aussi construit, intelligemment. Après le départ d’Alice Tector (11), prise par Wong, la capitaine Gaby Lewis (69) et Amy Hunter (62) ont patiemment redressé la barre. Course agressive, frappes sélectives, alternance entre limites et simples : les deux ont hissé le score de 13-1 à 149-1, plaçant l’Angleterre sous une vraie pression.
Le tournant est venu quand Wong a enfin trouvé la faille, faisant passer Lewis à travers la porte. La dynamique a changé. Hunter a ensuite été bowled par Dean, Orla Prendergast (19) a cédé en cherchant la puissance face à Mady Villiers, prise par une magnifique plongée de Bouchier à deep midwicket. Trois wickets pour 35 runs, l’Irlande a vacillé.
Rebecca Stokell (54*) et Leah Paul (29) ont pourtant remis un coup de collier, ajoutant 84 runs en 71 balles pour le cinquième wicket. Une association solide, ambitieuse, qui a porté le total irlandais vers un 282 plus que respectable. Mais la fin de manche a manqué de mordant : seulement 24 runs dans les quatre derniers overs, aucun boundary au bâton face à Dean et Wong. Symbole d’une opportunité manquée, une balle de Wong venue heurter le leg stump de Stokell avant de filer pour quatre byes… sans faire tomber les bails.
À mi-parcours, le total semblait piégeux, surtout face à une Angleterre privée de plusieurs cadres au bâton. La suite a montré qu’il manquait une chose à l’Irlande : de la discipline au lancer et une défense sans fautes.
Un plan de jeu assumé, une série déjà orientée
Charlie Dean l’a reconnu après coup : son équipe aurait pu être « un peu plus serrée » avec la balle. Difficile de dire le contraire. Mais quand on parvient à limiter l’adversaire tout en concédant autant d’extras, puis à déchirer un 282 avec une telle aisance, le message envoyé est fort.
L’Angleterre tient peut-être là une esquisse de son futur en ODI : une approche agressive dès le powerplay, comme l’ont incarnée Dunkley et Bouchier, puis une profondeur de frappe incarnée par Capsey et Kemp. Tout cela sans Heather Knight ni Tammy Beaumont, désormais retraitées, ni les autres piliers mis au repos.
L’Irlande, elle, quitte Leicester avec des motifs d’espoir au bâton mais un sérieux chantier au lancer et dans le champ. Les limites offertes, les mis-fields, les occasions gâchées ont coûté bien plus cher que les chiffres ne le disent.
La série se poursuit à Derby jeudi, avant un dernier rendez-vous à Worcester dimanche. L’Angleterre a déjà pris la main. La vraie question désormais : l’Irlande saura-t-elle resserrer la vis assez vite pour transformer ses belles phases en vraie menace, ou cette tournée restera-t-elle le théâtre de la naissance d’une nouvelle Angleterre sans complexe ?




