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Bouchier et l'Angleterre réalisent une poursuite record contre l’Irlande

Nouvelle ère, même autorité. À Leicester, sur la pelouse de l’Uptonsteel County Ground, l’équipe d’Angleterre féminine a ouvert son cycle de transition par une démonstration : une victoire par six guichets face à l’Irlande et une poursuite record de 282 points en ODI.

Sur le papier, 281-5 irlandais semblaient solides. Sur le terrain, cela n’a jamais vraiment suffi.

Lewis, Hunter et Stokell posent le décor

L’Irlande avait pourtant fait ce qu’il fallait avec la batte. Après la perte précoce du premier guichet, la capitaine Gaby Lewis (69 sur 89 balles) et Amy Hunter (62 sur 90) ont calmé l’atmosphère et construit patiemment. Leur partenariat de 136 points pour le deuxième guichet a donné de l’épaisseur à l’innings, imposant un tempo méthodique à une attaque anglaise privée de Lauren Bell et Sophie Ecclestone, laissées au repos.

Au milieu de l’innings, l’Angleterre a manqué de tranchant. Peu de menace, peu de variation, et l’Irlande en a profité. Quand Rebecca Stokell est entrée, le ton a changé. Son 54* en 48 balles, agressif et libéré, a offert le coup d’accélérateur tardif dont les visiteuses avaient besoin.

À 281-5 au bout des 50 overs, sur un terrain plat et sans grand secours pour les lanceuses, le total paraissait compétitif. Suffisant pour tester une ligne de batteuses anglaises en transition, privée des figures tutélaires Heather Knight et Tammy Beaumont, et de la capitaine blessée Nat Sciver-Brunt.

La suite a montré que non.

Bouchier et Dunkley, un message clair en haut de l’ordre

Le nouveau projet de Charlotte Edwards, tourné vers l’Ashes de l’été prochain, passe par une refonte du top order. Les places sont à prendre. Maia Bouchier et Sophia Dunkley le savent, et elles ont répondu avec fracas.

Bouchier a démarré prudemment : 8 runs sur ses 19 premières balles, presque en retrait. Puis est venu un sixième over charnière face à Jane Maguire. Une série de limites, un changement de rythme, et soudain son innings s’est allumée. À partir de là, l’Irlande n’a plus vraiment trouvé la marche arrière.

Dans le powerplay, l’Angleterre file déjà à 72-0. Dunkley mène la danse, féroce face à une attaque irlandaise qui se délite. Son cinquante en 47 balles, le plus rapide de sa carrière en ODI, porte le ton : agressif, sans complexe, implacable.

Bouchier, elle, s’installe. Elle observe, puis accélère. Les deux ajoutent 143 points pour le premier guichet et posent une base presque parfaite pour une poursuite de ce calibre. Dunkley finit par tomber, prise et renvoyée par Cara Murray sur un retour au lancer dans le 20e over, après un 73 précieux en 61 balles. L’Irlande croit alors apercevoir une brèche.

Une centaine fondatrice et une profondeur qui frappe

Cette brèche, Bouchier la referme presque à elle seule. Elle prend les commandes de l’innings au départ de Dunkley, alors que Jodi Grewcock, nouvelle venue dans le XI, peine à trouver son souffle (9 runs nerveux). Bouchier, elle, ne tremble pas.

Elle construit, choisit ses moments, punit la moindre approximation. Sa centaine – 104 sur 95 balles – n’est pas seulement un chiffre. C’est une déclaration d’intention. Quand elle atteint les trois chiffres, l’Angleterre a déjà brisé l’élan irlandais et ne regarde plus que la ligne d’arrivée.

Son unique véritable faute vient tard, alors qu’il ne reste plus que 59 points à marquer. Une concentration qui se fissure, un loft mal contrôlé, et la voilà prise à long-on. Son regard trahit la déception, mais le travail est fait. Le socle de la poursuite est solide, et l’Irlande n’a plus d’armes pour renverser la tendance.

Capsey et Kemp achèvent le travail sans pitié

Là où certaines équipes auraient géré, Alice Capsey et Freya Kemp ont choisi de frapper. Leur partenariat de 54 runs en seulement 38 balles a transformé une fin de match potentiellement tendue en formalité brutale.

Capsey termine invaincue à 41, avec le coup gagnant en bordure pour sceller la victoire en 38.1 overs, soit 11.5 overs d’avance. Kemp, elle, envoie un message tout aussi fort : 36 runs en 22 balles, une démonstration de puissance qui illustre la profondeur offensive de cette Angleterre nouvelle version.

Cinq batteuses manquent par rapport à l’équipe qui disputait la demi-finale de Coupe du monde 50 overs l’an passé. Et pourtant, la poursuite record de 282 paraît presque confortable. C’est là que l’écart d’expérience et de qualité s’est vu le plus crûment.

L’Irlande paye cher ses maladresses

L’Irlande avait posé un total crédible. Elle l’a gâché avec la balle. Trop de balles courtes, trop de largeur, trop de cadeaux. La défense de 281-5 exigeait précision et intensité. Elle n’a offert ni l’une ni l’autre.

La prestation de Cara Murray (3-58) constitue la rare éclaircie, avec Dunkley puis Bouchier dans ses filets. Mais autour d’elle, les erreurs se multiplient : fielding approximatif, occasions manquées, pression relâchée au pire moment. Face à une équipe anglaise qui n’attend que ce genre d’ouverture, la sanction est immédiate.

Une série qui s’annonce comme un test de caractère

L’Angleterre mène désormais 1-0 dans cette série en trois matches, avant le deuxième rendez-vous à Derby jeudi. Edwards et son staff savent que des oppositions plus relevées les attendent, avec des attaques d’un tout autre calibre que celle de l’Irlande, où seule Orla Prendergast offre un profil proche du haut niveau mondial.

Mais pour une première pierre, difficile d’imaginer mieux : une poursuite record, une centaine fondatrice pour Bouchier, un 73 explosif pour Dunkley, et une fin de match avalée par Capsey et Kemp comme un simple exercice.

La transition anglaise a commencé sans Knight, sans Beaumont, sans Sciver-Brunt. La question est désormais simple : qui osera les bousculer si ce nouveau visage continue à frapper aussi fort ?