Ben Shelton atteint la finale de l'US Open : une épopée historique
À New York, dans la lumière crue d’Arthur Ashe Stadium, Ben Shelton a touché du doigt le rêve avant de buter sur le mur Alexander Zverev. Le numéro 1 mondial s’est imposé en quatre sets, 6-3, 7-6(2), 5-7, 6-2, dimanche soir en finale de l’US Open, stoppant la plus belle épopée de la jeune carrière du gaucher américain.
Une finale historique malgré la défaite
La feuille de match dit défaite. L’histoire, elle, retiendra autre chose.
Shelton devient le premier ancien champion NCAA en simple à atteindre une finale de Grand Chelem depuis 1986. Il devient aussi le premier Afro-Américain à disputer une finale en simple messieurs en Grand Chelem depuis MaliVai Washington à Wimbledon en 1996. Deux jalons majeurs, plantés dans la même soirée.
Face à lui, Alexander Zverev a joué comme un homme habitué à ces hauteurs-là. Ce titre est son deuxième majeur de l’année. Son bilan en Grand Chelem en 2024 grimpe à 25 victoires pour seulement 2 défaites. Contre Shelton, le face-à-face reste sans appel : 6-0 désormais. Le Floridien, ancien de Florida et ex-Gator, n’aura pas inversé la tendance, même s’il a enfin réussi à fissurer le cuirasse allemande.
Un début crispé, Zverev impitoyable
Le décor était parfait, la tension palpable. Dans le premier set, Zverev frappe le premier. Break d’entrée, 2-0. Shelton, tendu, tarde à lâcher le bras. Il recolle un peu, revient à 4-3 en remportant le septième jeu, mais ne parvient jamais à vraiment renverser la dynamique.
Le moment clé tombe sur la fin de manche : une double faute, symbole de cette nervosité qui le poursuit du début à la fin du set. Zverev n’a pas besoin d’invitation. Il boucle la première manche 6-3, solide, clinique, sans fioritures.
Le tie-break comme tournant
Le deuxième set s’ouvre enfin sur un bras de fer. Premier jeu, première égalité de la partie. Zverev serre le jeu et tient son service. Shelton réplique immédiatement, blanc, pour revenir à 1-1. Le combat se structure, les deux hommes se répondent jeu après jeu. Aucun ne lâche sa mise en jeu, les échanges s’allongent, les jambes commencent à chauffer.
La manche file au jeu décisif. Et là, le numéro 1 mondial change de vitesse. 5-0 d’entrée dans le tie-break, un coup de massue. Shelton ne trouve ni la première balle ni la précision qui l’ont porté jusqu’en finale. Zverev verrouille le set 7-6(2). Après deux manches, l’Allemand impose sa loi : pression constante, rallyes interminables, et un adversaire obligé de frapper toujours plus fort, toujours plus près des lignes.
Shelton, lui, se perd dans la recherche de ses zones au service. Sur les deux premiers sets, il cumule déjà 29 fautes directes. Trop pour bousculer un numéro 1 aussi stable.
Le sursaut d’orgueil
On croit alors l’affaire pliée. Mais Shelton refuse de disparaître sans laisser une trace.
Le troisième set ressemble d’abord à une copie du précédent. Les jeux s’échangent, chacun tient sa mise en jeu. Zverev continue d’empiler les aces – son huitième lui permet de revenir à 5-5. On imagine déjà un nouveau tie-break, peut-être le coup de grâce.
Cette fois, Shelton s’accroche. Il pousse, tient l’échange, force l’Allemand à reculer. À 6-5, il obtient sa chance. Une balle de set, un échange, et Zverev finit par dévisser : la balle s’échappe largement côté gauche. 7-5 Shelton. Le stade explose, la finale s’étire. Et surtout, un chiffre tombe : c’est la première fois que Shelton réussit à breaker le service de Zverev… après 66 jeux de service consécutifs intacts face à lui. Une barrière mentale vient de céder.
Zverev referme la porte
Le match entre dans sa troisième heure quand démarre le quatrième set. Moment de vérité. Zverev le sait. Shelton aussi.
Le numéro 1 mondial frappe encore le premier. 2-0. Shelton réduit l’écart, revient à 3-2, sans jamais réussir à s’installer pleinement dans les jeux de retour. Zverev, lui, avance. Il prend le filet, coupe les trajectoires, impose sa présence dans le court. Il s’envole à 5-2, à un jeu du titre.
Sur la balle de match, la tension retombe d’un coup. Retour de Shelton trop long. La balle sort. Zverev peut lever les bras : deuxième titre du Grand Chelem de la saison en poche, domination confirmée.
Un nouveau visage au sommet du tennis américain
La défaite pique, mais le bilan est limpide. Shelton quitte New York avec une finale de Grand Chelem, un statut changé, et un bond au classement : il grimpera lundi à la 4e place du classement PIF ATP, son meilleur rang en carrière. Aucun ancien joueur universitaire n’avait atteint un tel niveau depuis James Blake en 2006.
Il n’a pas encore le trophée. Il a déjà la trajectoire. La question, désormais, n’est plus de savoir s’il reviendra en finale d’un majeur, mais quand.




