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Ben Shelton remporte une demi-finale historique à l’US Open

NEW YORK – Dans une Arthur Ashe Stadium pleine à craquer, chauffée par les hommages aux victimes du 11 septembre, Ben Shelton et Frances Tiafoe ont livré un duel tout sauf parfait, mais impossible à quitter des yeux. Un bras de fer électrique, parfois brouillon, souvent spectaculaire. Et au bout de 3 h 17, c’est le plus jeune qui a fait exploser la nuit new-yorkaise : victoire de Shelton 4-6, 6-3, 6-3, 7-5, et billet décroché pour la finale de l’US Open.

Une nuit américaine, un choc de générations

Deux Américains, deux histoires, un même rêve. Shelton, né en Géorgie, élevé en Floride, 23 ans et un bras gauche qui claque comme un fouet. En face, Tiafoe, enfant du Maryland, figure installée du circuit, modèle assumé pour son cadet.

Dans ce décor chargé d’émotion, les 24 000 spectateurs ont eu exactement ce qu’ils étaient venus chercher : des échanges à rallonge, des coups droits assassins, des fautes parfois grossières, mais toujours cette impression que tout pouvait basculer sur un point. Le match n’a jamais été un récital. C’était une bataille.

Tiafoe a frappé le premier. Plus propre, plus solide dans les moments chauds, il s’empare du premier set au terme d’un neuvième jeu charnière. Shelton craque au pire moment : deux fautes de revers, une double faute, et le break tombe. Derrière, Tiafoe verrouille son service sans trembler. 6-4. Le grand frère donne le ton.

Le service de Shelton, arme de destruction

Shelton ne s’est pas attardé sur ce mauvais passage. Il a sorti l’arme qui le distingue de presque tout le circuit : un service de gaucher qui dépasse les 150 miles à l’heure, ingérable quand il trouve la zone. Les aces s’enchaînent – 20 au total – et le match change de visage.

Le deuxième set lui appartient. Les points faciles sur première balle s’accumulent, Tiafoe recule, subit davantage l’échange. Shelton égalise à un set partout, puis enfonce le clou dans le troisième. Le tournant survient dans un dernier jeu interminable : plus de 15 minutes de tension, quatre balles de set, un public debout, et finalement ce coup droit volé de Tiafoe qui finit dans le filet. 6-3. Shelton mène deux manches à une, et la dynamique penche clairement de son côté.

Un quatrième set sous haute pression

Les deux hommes avaient pourtant de quoi arriver émoussés. Shelton sortait d’un marathon en cinq sets face à Carlos Alcaraz, conclu à 3 h 33 du matin mercredi. Tiafoe, lui, avait remonté deux sets de retard contre Alex Michelsen. Mais sur le court, aucune trace de fatigue apparente. Les jambes répondent, les échanges restent intenses, les regards se durcissent.

Le quatrième set se joue sur des détails. Les occasions de break se font rares, chaque jeu de service ressemble à une épreuve de nerfs. Tiafoe s’accroche, refuse de lâcher, mais Shelton ne baisse plus les yeux. Le bras ne tremble pas, même quand le scénario se tend.

La pression finit par fissurer le plus expérimenté. À 6-5 pour Shelton, Tiafoe, tête de série n°11, craque au service. Le dernier point résume sa soirée : une double faute dans le filet, et la rencontre s’achève dans un silence de stupeur avant que le stade n’explose. Pas de célébration « dialed-in » habituelle pour Shelton. Juste un cri, un regard vers son camp, comme s’il mesurait déjà la portée de ce qu’il venait d’accomplir.

Une trace dans l’histoire, et un mur nommé Zverev

Avec cette victoire, Shelton devient le premier joueur américain noir à atteindre la finale de l’US Open en simple depuis Arthur Ashe en 1972. Le premier Américain noir en finale d’un Grand Chelem en simple depuis MaliVai Washington à Wimbledon en 1996. Des noms lourds, une filiation symbolique, et un stade qui porte justement celui du pionnier.

Au micro, Shelton n’oublie pas celui qu’il vient de battre. Il parle de Tiafoe comme d’un grand frère, rappelle combien jouer l’un contre l’autre sur ce court-là, dans ce tournoi-là, compte pour eux. On sent le respect, la complicité, derrière la férocité du duel.

Cette demi-finale lui offre aussi un bond au classement : il grimpera au 4e rang mondial, le meilleur classement de sa jeune carrière. Tiafoe, malgré la déception, repartira lui aussi avec un record personnel, une place de n°8 mondial.

Une finale chargée d’enjeux

Dimanche, Shelton retrouvera Alexander Zverev, tête de série n°1, tombeur de Karen Khachanov en trois sets (6-3, 7-6 (7), 7-6 (6)). Une montagne. Et un adversaire qui ne lui réussit pas : cinq confrontations, cinq défaites, dont la dernière en deux sets secs en novembre dernier au Masters.

Mais cette fois, l’enjeu dépasse leur face-à-face. Shelton porte sur ses épaules plus de vingt ans de disette en Grand Chelem pour le tennis masculin américain. Aucun titre depuis Andy Roddick à Flushing Meadows en 2003. Une génération entière a cherché à briser cette malédiction, sans y parvenir.

Le gaucher de 23 ans aura l’occasion de le faire là où l’histoire américaine du tennis aime s’écrire : sous les projecteurs de New York, dans un Arthur Ashe Stadium qui a déjà adopté son nouveau chouchou. Reste une question, simple, brutale : ce service de feu et ce culot de jeune loup suffiront-ils enfin à faire tomber le mur Zverev et à réveiller un géant endormi depuis trop longtemps ?

Ben Shelton remporte une demi-finale historique à l’US Open