Ben Shelton renverse Carlos Alcaraz au US Open
Il y a les fins de match tardives. Et puis il y a ce que Ben Shelton et Carlos Alcaraz ont offert à New York : une bataille qui ne s’est achevée qu’à 3 h 33 du matin, dans un Arthur Ashe Stadium en fusion, refusant obstinément d’aller se coucher.
L’Américain, 21 ans, a fini par faire plier le tenant du titre au terme d’un marathon de 4 h 28, conclu au super tie-break du cinquième set. Score final du jeu décisif décisif : 10-7. Un chiffre sec, presque froid, qui masque une nuit de bras de fer, de nerfs et de survie.
Un quart de finale qui vire au mythe
Shelton, tête de série n°8, met ainsi fin à la série de 18 victoires consécutives de Carlos Alcaraz en Grand Chelem. Rien que ça. L’Espagnol, diminué une grande partie de la saison par un poignet récalcitrant, a tout laissé sur le ciment de Flushing Meadows. À un moment, on l’a même vu se pencher vers sa serviette, pris de vomissements, symbole cru de l’intensité du combat.
La soirée, déjà chargée en matches à rallonge, s’achevait donc sur ce duel sous les projecteurs, comme si le tournoi refusait de baisser la lumière. Le match a oscillé, comme un pendule affolé.
Alcaraz arrache le premier set au tie-break, fidèle à sa réputation de joueur de grands rendez-vous. Shelton encaisse, ne bronche pas. L’Américain réplique en remportant les deuxième et troisième manches, porté par un public qui rugit à chaque service claqué, à chaque coup droit giflé.
Juste au moment où l’on croit voir Alcaraz vaciller, le n°2 mondial se rebiffe. Le quatrième set tourne à la démonstration : 6-1. Le champion reprend le centre du court, dicte l’échange, impose son rythme. On pense alors à un cinquième set étouffant, joué au couteau. On l’a eu. Et même plus.
Un super tie-break au bout de l’épuisement
La dernière manche se transforme en échange de coups, sans qu’aucun ne parvienne à s’échapper. Les jeux s’enchaînent, les occasions s’évanouissent, le temps se dissout. Impossible de les départager autrement qu’au super tie-break.
Là, Shelton serre le jeu, ose encore, sert fort, très fort, et trouve les lignes quand il le faut. Alcaraz résiste, mais cède sur quelques détails, ces micro-fautes qui coûtent cher à ce niveau. À 10-7, tout s’arrête. Shelton lève les bras, incrédule. Le stade explose une dernière fois avant l’aube.
Ce match devient la rencontre la plus tardive de l’histoire du tournoi, détrônant un autre chapitre signé Carlos Alcaraz : son quart de finale épique contre Jannik Sinner en 2022, terminé à 2 h 50 du matin et prélude à son premier titre à New York. Deux ans plus tard, l’Espagnol quitte la scène au cœur de la nuit, renversé à son tour.
L’Amérique tient sa place en finale
Avec cette victoire, Shelton se hisse en demi-finale, où l’attend un autre Américain, Frances Tiafoe. Conséquence directe : les États-Unis sont assurés de voir l’un des leurs en finale dimanche. Une première marche symbolique vers la fin d’une disette qui dure depuis Andy Roddick, dernier vainqueur américain en Grand Chelem, ici même, en 2003.
Plus tôt dans la journée, Frances Tiafoe avait lui aussi dû puiser loin pour écarter Alex Michelsen, autre Américain, en multipliant les retours de l’arrière pour se frayer un passage jusqu’au dernier carré. Le tableau masculin du jour a pris des allures de test de résistance : trois des quatre quarts de finale en simple se sont joués au match tie-break.
Chez les femmes, Aryna Sabalenka avait lancé cette journée interminable en dominant de justesse la championne de Wimbledon Linda Noskova, maintenant en vie ses ambitions de troisième titre consécutif à New York.
Une ville, un stade, une nuit
Au cœur de cette fresque nocturne, une constante : le public. Des milliers de spectateurs sont restés jusqu’au bout, refusant d’abandonner Shelton et Alcaraz dans cette arène géante. Les deux joueurs ont profité d’un soutien sonore, partagé, presque théâtral. Shelton, enfant du pays, a surfé sur l’énergie new-yorkaise. Alcaraz, showman adoré, a été acclamé à chaque fulgurance.
Au micro, après coup, Shelton a laissé parler l’instant, les yeux encore brillants, rendant hommage à cette ville et à ce stade qu’il décrit comme les plus grands au monde. Avec un clin d’œil à ses proches dans les tribunes, inquiet pour leurs réveils à 6 h du matin.
Pour Alcaraz, cette défaite marque un coup d’arrêt, mais pas une fin de cycle. Il lui faudra maintenant retrouver le niveau qui l’a installé au sommet du jeu. Pour Shelton, en revanche, tout s’ouvre. Une demi-finale 100 % américaine, une nuit déjà historique dans les jambes, et un pays qui recommence à rêver d’un champion à domicile.
La question n’est plus de savoir si ce US Open aime les duels nocturnes. Elle est ailleurs : jusqu’où Ben Shelton peut-il pousser cette histoire américaine renaissante sur le ciment new-yorkais ?




