Antonelli, le prodige italien de Mercedes au Grand Prix d’Italie
À Monza, Antonelli embrase l’Italie… mais jure fidélité à Mercedes
Andrea Kimi Antonelli arrive à Monza dans une situation que l’Italie n’avait plus connue depuis plus de sept décennies. Pour la première fois depuis Alberto Ascari en 1953, un pilote italien se présente au départ du Grand Prix d’Italie en tête du championnat du monde. Et ce pilote-là ne porte pas de rouge. Il est en gris et turquoise. Il s’appelle Antonelli et il roule pour Mercedes.
L’Italie tombe amoureuse d’un prodige… en argent
Lorsque Mercedes l’a fait monter dans la catégorie reine, l’enthousiasme existait déjà, nourri par les rumeurs, les résultats en junior et le discours de Toto Wolff, convaincu d’avoir entre les mains un joyau. La saison 2025 a calmé quelques ardeurs. Une adaptation parfois rugueuse, des erreurs, des doutes.
Mais au milieu de 2026, tout a basculé. Les résultats se sont alignés, les performances se sont enchaînées, et la cote d’amour d’Antonelli a explosé, surtout dans son pays.
La scène, quelques mois plus tôt, pour la remise du Trophée Lorenzo Bandini, disait tout : une marée de fans, des drapeaux, des chants, une ferveur qu’on réserve d’ordinaire à Ferrari. Depuis, sur chaque circuit, les tribunes italiennes se densifient autour de lui.
En Italie, le sport est affaire de passion viscérale. Le football domine, bien sûr. Ferrari aussi. Dans certains coins du pays, la Scuderia pèse autant qu’un grand club de Serie A, parfois plus. Alors imaginer un top pilote italien dans une Ferrari, c’est le fantasme ultime.
Le dernier Italien à avoir piloté pour la Scuderia en F1 reste Giancarlo Fisichella, en 2009. Dix-sept ans déjà. Et ce compteur va continuer de tourner. Car Antonelli, lui, ne regarde pas vers Maranello.
« Ferrari, c’est immense… mais je suis très heureux chez Mercedes »
Face aux médias, en conférence de presse du Grand Prix d’Italie, le leader du championnat n’a pas esquivé la question. Elle revient sans cesse : quand le verra-t-on en rouge ?
« Étant Italien, je sais à quel point nous sommes émotionnels et à quel point on peut s’emballer », lâche-t-il, lucide sur la fièvre qui l’entoure. « Parfois un peu trop. Alors oui, il y aura toujours ce genre de discussions. Mais au bout du compte, même si Ferrari est une marque immense, incroyable, je suis très heureux là où je suis. »
Il insiste sur ce lien tissé très tôt avec Mercedes. Recruté enfant par la structure allemande, accompagné pas à pas dans les formules de promotion, soutenu par Toto Wolff, Antonelli se voit comme un produit maison. Et il entend le rester.
« Je suis très heureux chez Mercedes parce que ce sont eux qui m’ont donné l’opportunité depuis que je suis gamin. J’ai l’impression d’avoir tellement à leur rendre », poursuit-il. Une phrase qui résonne comme une profession de foi.
Pour l’instant, le prodige italien ne se voit nulle part ailleurs. Et à Brackley, on n’a aucune intention de le laisser filer.
Wolff verrouille, Hamilton rêve… en rouge
Si les tifosi se déchirent entre le mythe Ferrari et le phénomène Antonelli, une chose ne change pas : à Monza, la Scuderia reçoit un soutien qui dépasse tout. Et cette année, l’arrivée de Lewis Hamilton en rouge a encore fait monter le volume.
Le septuple champion du monde joue lui aussi le titre. Il sait ce que représente Ferrari pour ce pays. Il sait aussi qu’un pilote italien au sommet du classement général, même dans une autre équipe, attise les fantasmes de transfert.
Interrogé sur l’hypothèse d’un jour voir Antonelli en rouge, Hamilton ne ferme aucune porte sur le principe. « Tout est possible, il y a beaucoup de grands pilotes qui pourraient rejoindre Ferrari à l’avenir », glisse-t-il.
Puis il plante le décor à sa manière : pour les Italiens, « c’est le Pape et Ferrari », ajoute-t-il en souriant, avant de citer aussi les évidences culturelles : les pâtes, la pizza, la famille. Le tableau est clair.
Mais sur le cas Antonelli, Hamilton ne se fait pas d’illusions. « Toto ne va pas le laisser partir de sitôt », tranche-t-il. Une phrase simple, qui résume parfaitement la position de Mercedes.
Monza, pénalité stratégique et bataille à distance
Sur la piste, le duel entre les deux hommes prend une tournure particulière ce week-end. Antonelli s’élancera du fond de grille après une pénalité stratégique. Monza, avec ses longues lignes droites et ses opportunités de dépassement, reste l’endroit idéal pour encaisser ce genre de sanction.
Hamilton le sait. Il refuse pourtant de se laisser griser par l’avantage apparent.
Le Britannique détaille le paysage actuel du plateau : un trio de tête détaché, puis un gouffre de performance, avant un peloton compact où la moindre erreur coûte cher. Dans ce contexte, il voit très bien ce que peut faire Antonelli.
Avec la puissance du bloc Mercedes et une monoplace globalement la plus rapide de l’année, le leader du championnat a tout pour remonter. « Il devrait traverser le peloton assez facilement », estime Hamilton. C’est précisément pour cela que Mercedes a choisi Monza pour prendre cette pénalité.
Dans l’esprit du pilote Ferrari, l’objectif réaliste pour Antonelli reste un top 8, voire mieux. Huitième, sixième, quelque part dans cette zone. Suffisant pour limiter la casse au championnat.
De son côté, Hamilton refuse de courir en regardant les rétroviseurs du classement général. Il se concentre sur son propre week-end, sur la gestion de la course, sur l’exploitation maximale de sa Ferrari, sur l’énergie des tifosi qui l’encerclent désormais comme l’un des leurs.
Il ne veut pas « profiter » d’un Antonelli relégué en fond de grille. Il veut gagner par la performance, pas par défaut.
Reste une question brûlante, que Monza ne fera qu’attiser : jusqu’où l’Italie acceptera-t-elle de voir son nouveau héros mener le bal mondial dans une Mercedes, pendant que Ferrari se bat avec un autre champion pour ramener le titre à Maranello ?




