L’Angleterre triomphe à Edgbaston malgré des frayeurs
L’Angleterre a flirté avec la catastrophe avant de boucler, presque en marchant, un 3-0 sec face au Pakistan. Une victoire par huit guichets dans ce troisième Test à Edgbaston, un score final qui ne dit pas tout du vertige ressenti pendant une bonne demi-heure, quand le spectre d’un effondrement historique a traversé le vestiaire anglais.
La cible ? 130 runs. Modeste, en apparence. Mais dans l’air encore chargé des frappes insensées de Razaullah la veille au soir, rien n’avait l’air simple.
Une entame de cauchemar
Premier over, Muhammad Abbas en main, Edgbaston retient son souffle. Deux balles, deux coups de massue.
Ben Duckett, première livraison, effleure une merveille de ligne et de longueur. Pris sur le fil, il est gobé derrière : golden duck, et un été qui se complique encore pour l’unique centurion anglais de la saison, mais incapable de dépasser 20 en cinq manches contre le Pakistan.
Quatre balles plus tard, Emilio Gay se retrouve cloué sur le tibia. Leg before, sans discussion. L’arbitre n’a pas hésité, et Gay, furieux, balance un geste de batte vers ses stumps avant de gaspiller un review. À 2-2, la chasse de 130 ressemble soudain à un colosse.
Dans les tribunes, l’inquiétude grimpe. Sur le banc anglais aussi. Avec des ouvreurs en difficulté depuis des semaines, cette nouvelle implosion en dit long sur le casse-tête qui attend Stephen Fleming, nouveau sélectionneur, attendu dans les prochains jours.
Root vacille, Cox s’impose
Joe Root entre, capitaine revenu aux commandes depuis la retraite de Ben Stokes en juin, et symbole d’une équipe qui cherche encore son équilibre. Il va lui falloir du talent, mais aussi de la chance.
Sur 23, Root joue un coup bien en dessous de ses standards, traîne la balle sur ses propres stumps face à Mohammad Ali. Edgbaston se fige. Puis le bras de l’arbitre se lève : no-ball. Ali a mordu la ligne. L’Angleterre respire. Le Pakistan, lui, vient de laisser filer une ouverture immense.
Un peu plus tard, Root, sur 34, tranche une balle d’Abbas entre des slips statiques. Nouvelle vie. Le genre de détails qui retournent un match.
À l’autre bout, Jordan Cox ne tremble pas. Déjà impressionnant plus tôt dans la série, l’homme d’Essex signe une manche d’une maturité glaciale. 59*, sans forcer, sans s’éparpiller. Plus sûr, plus compact que son capitaine. Quand l’Angleterre tangue, c’est lui qui redresse la barre.
Le duo Root–Cox va finalement refermer la porte à toute folie. 128 runs de partenariat, invaincus. Root termine à 62*, Cox à 59*, et la cible est atteinte juste avant le déjeuner, dans une atmosphère soudain détendue. Le frisson du 2-2 appartient déjà au passé.
Une série gagnée, des failles exposées
Sur le papier, l’Angleterre signe une fin d’été éclatante : trois victoires de rang après une séquence précédente de seulement deux succès en dix Tests. 453 runs dans le premier innings, avec Harry Brook (75), Jamie Smith (69), Dan Lawrence (65), Emilio Gay (60) et Ollie Robinson (50) en relais, avaient posé les fondations. Le 4-42 de Josh Tongue sur le 133 initial du Pakistan avait semblé enterrer le suspense dès le premier jour.
Mais ce serait trop simple de parler de promenade. Quand le Pakistan retombe à 0-2 dans sa deuxième manche, la perspective d’un Test plié en deux jours plane vraiment sur Birmingham. Puis, soudain, les touristes se réveillent.
Shan Masood (95), Razaullah (81), Babar Azam (76) et Azan Awais (59) transforment un batting fantomatique en résistance acharnée. 449 au tableau, un total qui force l’Angleterre à réfléchir. Les plans de champ explosent sous les frappes de Razaullah, qui martyrise l’attaque anglaise avec une audace désarmante. La veille, son carnage a mis à nu une équipe anglaise prise de court, incapable de freiner la marée.
Avec un objectif un peu plus élevé – 220, 250 – la discussion aurait été tout autre. L’Angleterre a tenu, mais dans la douleur. La manière, elle, laisse matière à débat.
Le Pakistan se réveille trop tard
Il faut le dire : pendant deux Tests et demi, le Pakistan a livré une tournée chaotique, parfois proche du grotesque. Dès la première balle de la série, à Headingley, Azan Awais est piégé lbw par Ollie Robinson. Depuis cet instant, les visiteurs ont couru derrière.
Le hors-terrain a aggravé le tableau. Menace d’abandon du deuxième Test après une interview télévisée des fils d’Imran Khan, défaite à Lord’s suivie du limogeage de Sarfaraz Ahmed, remplacé par Mike Hesson, et sept joueurs écartés du groupe. Une purge brutale dont les répercussions risquent de secouer encore le cricket pakistanais au pays.
Et pourtant, dans ce chaos, une lueur. Razaullah.
Appelé parmi les sept nouveaux, il frappe d’entrée avec la balle, faisant tomber Root dans son tout premier over en Test cricket. Puis il revient, batte en main, et renverse le scénario à Edgbaston. Ses frappes de vendredi, violentes, décomplexées, resteront comme le moment où le Pakistan a enfin décidé de se battre. Trop tard pour sauver la série, mais assez pour révéler un potentiel phénomène.
Pour un pays en quête de repères, ce genre de découverte compte. Une étoile en devenir, comme un mince rayon de lumière au bout d’une tournée désastreuse.
Un été turbulent, un hiver redoutable
L’Angleterre, elle, boucle l’un des étés les plus agités de son histoire récente sur une note positive. Il y a moins de deux mois, l’équipe n’avait ni capitaine, ni sélectionneur. Root a repris le brassard, Brendon McCullum revient aux commandes pour la série en white-ball contre le Sri Lanka à Southampton dès mardi, avec Kevin Pietersen intégré au staff. Stephen Fleming, lui, arrive avec un agenda déjà bien rempli.
Les chantiers sont clairs. Les ouvreurs, d’abord. Duckett affiche une moyenne de 23 depuis le début des Ashes, malgré son unique cent. Gay, trois demi-centuries pour son premier été, mais une moyenne désormais sous les 25 et une place fragilisée par ce lbw et ce review gâché. Quand Jacob Bethell reviendra de blessure, Cox a marqué des points pour rester dans le XI, possiblement à la place de Gay.
Et derrière cette série à sens unique, le calendrier se durcit : Afrique du Sud, Bangladesh, Australie cet hiver. Trois terrains, trois mondes, trois examens autrement plus féroces.
À Edgbaston, l’Angleterre a frôlé la panique avant de lever les bras. Elle a gagné, largement, la série comme ce dernier Test. Mais ce 3-0, brillant sur le papier, pose une question simple : face à des adversaires plus constants que ce Pakistan-là, ces mêmes failles resteront-elles sans sanction ?




