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Angleterre surmonte le Sri Lanka grâce à Brook et Jacks

Harry Brook avait promis du « high-octane ». Il a finalement offert une victoire à combustion lente, patiente, méthodique. L’Angleterre n’a pas survolé le premier ODI contre le Sri Lanka, elle l’a grignoté, miette après miette, jusqu’à s’imposer de 89 points et mener 1-0 dans la série.

Sur un terrain de fin de saison, fatigué, loin des feux d’artifice de la série de T20, les Anglais ont dû se contenter de 265 tout juste, en 48,1 overs. Pas un seul six. Une anomalie pour cette équipe. Mais sous un soleil de septembre généreux, Brook a tenu la manche avec 67 points, avant de laisser ses lanceurs éteindre la poursuite sri-lankaise à 176.

Brook gagne en crédit, Jacks prend la lumière

Pour Brook, c’est une 11e victoire en tant que capitaine en ODI, qui le fait enfin basculer dans le positif après 10 défaites. Une discrète remontée dans un format où l’Angleterre, traumatisée par sa Coupe du monde 2023, cherche encore sa nouvelle identité à un an du prochain Mondial.

La performance qui raconte le mieux ce virage se trouve pourtant un cran plus bas dans la hiérarchie. Will Jacks, nouveau vice-capitaine, a signé le genre de match qui change un statut. Sans son 46* en fin de manche, l’Angleterre aurait très bien pu laisser la porte entrouverte. Avec 18 points arrachés dans le 48e over, il a transformé un total fragile en score défendable.

Installé depuis l’an dernier dans un rôle de finisseur, loin de sa zone de confort dans le top 3, Jacks s’y est adapté avec un rendement brutal : moyenne de 43, taux de frappe au-dessus de 100. Et il n’a pas seulement sauvé la batte.

Avec la balle, son off-spin a pris des allures d’arme majeure. Sept overs, cinq guichets, 22 points concédés. Les chiffres claquent. Il a varié les vitesses, les angles, et surtout le courage dans ses longueurs. Dunith Wellalage, meilleur marqueur sri-lankais avec 45, a fini par y laisser son guichet. Dans l’histoire des ODI anglais, seul Vic Marks a fait mieux parmi les spinners, avec ses 5 pour 20 contre la Nouvelle-Zélande en 1984. C’est dire le territoire qu’explore Jacks.

Brook, lui, n’a aucun doute : Jacks n’est plus un simple batteur qui dépanne. Il est devenu un vrai all-rounder, accepté comme tel dans le vestiaire et dans le plan de jeu. Et cela se voit dans sa manière de mener l’équipe avec batte, balle et dans le champ.

Un total sans six, mais avec du nerf

Le scénario n’annonçait pourtant rien de spectaculaire. L’Angleterre démarre proprement : 61 pour 1 après le powerplay de 10 overs, Tom Banton renvoyé par une merveille de Asitha Fernando. Puis le terrain se referme. La balle grippe, le rythme se casse. La barre des 300, objectif implicite de cette équipe depuis des années, commence à s’éloigner.

Le match bascule alors sur un nom inconnu du grand public. Sachindu Colombage, 28 ans, wrist-spinner au geste saccadé, débarque avec trois guichets pour 44 points et une autorité qui surprend. Il jouait encore l’an dernier pour Downham Stow en East Anglian Premier League, son CV domestique ne fait frémir personne. Mais Gary Kirsten, sélectionneur sri-lankais, a vu autre chose que des colonnes de chiffres : du drift, du dip, des trajectoires qui avalent les meilleurs.

Joe Root en fait les frais, piégé sur le recul, off-stump fracassé pour 44. Sa première vraie sortie en ODI après une séquence monstrueuse de 404 points sans être renvoyé, entamée lors de la série gagnée 2-1 au Sri Lanka l’hiver dernier. Jos Buttler suit le même chemin, coincé sur l’arrière, lbw pour 31 sur une balle qui se redresse au dernier moment. Plus tard, Jamie Overton est battu par un leg-break qui grimpe au-dessus de sa ligne de regard et tourne violemment. Colombage, discret sur le papier, devient soudain le centre de la manche.

Le vrai tournant reste cependant la sortie de Brook. Solide, presque inamovible jusque-là, il tente l’un de ses coups signatures, ce coup inside-out contre Dushmantha Chameera. Cette fois, la trajectoire se dérobe, la balle file vers le deep point. Attrapée. L’Angleterre passe de 182 pour 3 à 211 pour 7, perdant quatre guichets pour 29 points en 46 balles. Les ambitions de 300 s’évaporent. Le public le sent, le banc aussi.

Dans ce passage à vide, Rehan Ahmed se fait crucifier par un direct hit de Charith Asalanka après un appel de course sans conviction, presque abandonné en cours de route. Kevin Pietersen, nouveau mentor, avait insisté avant le match sur la rotation du strike. Sur cette action, il n’y avait pas même l’ombre d’un simple.

L’attaque anglaise verrouille, Jacks finit le travail

Au milieu des débris, Jacks reste debout. Il joue les angles, choisit ses risques, s’appuie sur Gus Atkinson pour grappiller les points qui manquent. 265. Rien de luxueux, mais assez pour donner un vrai match à ses lanceurs. WinViz penche alors légèrement pour le Sri Lanka à la pause. Le terrain, lui, raconte une autre histoire.

Dès les premiers overs de la poursuite, on comprend que les visiteurs ne sont pas dans le bon camp du toss. La surface ralentit, les variations mordent. L’Angleterre, qui n’avait plus défendu un total sous les 300 en ODI depuis 2022, verrouille les lignes. Jofra Archer, en bout de son été toutes-formats, se fait un peu bousculer en fin de sort, mais autour de lui, tout tient.

Jamie Overton cueille deux guichets en jouant sur ses cross-seamers, l’absence d’Adil Rashid – forfait pour la série à cause d’une blessure à la main – ne se fait presque pas sentir. C’est là que Jacks reprend la main. Il ne se contente pas de contenir, il découpe. Guichet après guichet, il troue la ligne sri-lankaise, casse les partenariats naissants, impose son tempo.

Le Sri Lanka ne semble jamais vraiment dans la course. Familiarité des conditions pour les locaux, pression du tableau d’affichage, incapacité à imposer une séquence dominante : le tout finit par peser lourd. La résistance de Wellalage offre un semblant de suspense, mais pas de vraie menace.

Le symbole arrive sur la dernière action. Jacks, déjà à quatre guichets, envoie un véritable ripper à Dilshan Madushanka, numéro 11. La balle passe, fracasse, et scelle à la fois la victoire et son premier cinq-fer en ODI. Sans célébration excessive, mais avec la certitude qu’il vient de franchir un palier.

L’Angleterre quitte Chester-le-Street avec une avance dans la série, un capitaine renforcé, et surtout un vice-capitaine qui s’impose comme pièce maîtresse. Jeudi, à Headingley, il ne s’agira plus seulement de confirmer une victoire. Il s’agira de voir jusqu’où ce duo Brook–Jacks peut emmener une équipe en pleine reconstruction à l’approche du prochain World Cup.