Angleterre vs Pakistan : Edgbaston, la pression monte
Le soleil a percé les nuages au-dessus d’Edgbaston, mais pour le Pakistan, le ciel reste lourd. À 67 pour 2 dans leur deuxième manche, avec Azan Awais (32) et Shan Masood (29) au bâton, les visiteurs courent toujours 268 runs derrière l’Angleterre et semblent condamnés à subir une nouvelle journée de supplice face à une attaque qui ne lâche rien.
Robinson et Archer, la tenaille
La matinée a repris comme la veille s’était achevée : avec Jofra Archer et Ollie Robinson, bras roulés, prêts à repartir à la chasse. Archer, dont le quatrième over avait été interrompu par la pluie la veille, a immédiatement retrouvé son rythme. Sa deuxième balle du jour, un lifter qui a pris Shan Masood à la gorge, a donné le ton. Défense en retard, batte hésitante, balle qui file au-dessus de l’extérieur de la batte : le capitaine pakistanais a compris qu’il attendait une session sous pression.
Robinson, lui, a continué sa démonstration de contrôle. Passé d’abord par-dessus la main à Azan Awais, il l’a battu à trois reprises dans un maiden d’école, avant de passer autour du guichet pour accentuer l’angle. Ligne parfaite, longueur implacable, rythme constant : c’est le genre de série dont un lanceur parle à ses petits-enfants. Son été 2026 frise l’irréel : 28 guichets à 7,75 de moyenne, une campagne qui rappelle les monstres statistiques d’une autre époque.
Le Pakistan, lui, vit une série à l’envers. Son moyenne de 15,90 runs par guichet face à l’Angleterre est la plus faible pour une équipe affrontant les Anglais sur une série de trois Tests ou plus depuis la Nouvelle-Zélande martyrisée par Tony Lock et Jim Laker en 1958. Une comparaison qui en dit long.
Azan encaisse, Masood résiste
Et pourtant, il y a eu des éclats de résistance. Azan a parfois réussi à desserrer l’étreinte. Sur Ollie Robinson, il a claqué un pull net devant le carré pour deux runs, geste d’autorité au milieu d’une série de balles qui frôlaient sans cesse l’extérieur de sa batte. Robinson a cru tenir une jambe avant, mais l’arbitre a jugé la balle trop haute. L’Anglais a tourné les talons, frustré, mais sans perdre le fil.
Le jeune gaucher pakistanais n’a pas été épargné physiquement. Sur la fin d’un over venimeux, Robinson a fait jaillir une balle qui a pris vie à mi-longueur, a grimpé brutalement et est venue s’écraser en plein torse d’Azan. Un rappel sec : à Edgbaston, on ne s’installe jamais vraiment.
Masood, de son côté, a trouvé quelques respirations contre Archer. Une poussée élégante en direction du mid-off pour deux runs, puis un drive plein champ, parfaitement timé, pour quatre. Le geste est soyeux, le temps de réaction fluide, tout dans sa technique crie batteur de haut niveau. Difficile, en le regardant, de se souvenir qu’il tourne encore autour d’une moyenne de 30 après 50 Tests. Mais chaque fois qu’il semble vouloir prendre le dessus, Archer trouve une réponse : deux « plays and misses » dans le même over, puis un pull intérieur mal contrôlé, renvoyé sur le corps, qui retombe heureusement loin des mains.
Une avance écrasante, trois occasions manquées
Si l’Angleterre peut se permettre de harceler sans relâche, c’est parce que la veille, son top et middle order ont posé une base monumentale. Parti de 156 pour 4 dans la matinée, le camp de Joe Root a empilé 453 runs avant le thé, écrasant mentalement et numériquement un Pakistan déjà sonné par son effondrement du premier jour.
Trois hommes, pourtant, ont quitté la scène avec un goût amer. Harry Brook s’est offert un run out évitable à 75, Dan Lawrence a joué sur ses propres stumps pour 65 alors qu’il se voyait déjà parti pour « un très gros score », et Jamie Smith a cédé à 69, après avoir bataillé malgré une suspicion de doigt cassé. Trois demi-centuries, trois occasions de centaine envolées, mais un même message : l’Angleterre a frappé partout, longtemps, et sans indulgence.
Lawrence, lui, a fini par trouver une forme de sérénité. Trois scores au-dessus de cinquante en quatre manches de Test cet été : le talent qu’on devinait depuis longtemps commence enfin à se traduire sur la feuille de match. Sa frustration de la veille, lorsqu’il a quitté le terrain après s’être fait piéger sur une balle large, s’est diluée dans la satisfaction collective de voir le Pakistan repoussé si loin.
Une tournée qui pèse lourd
Sur les gradins, l’ambiance raconte une autre histoire. La série est déjà jouée, l’Angleterre file vers un 3-0 qui ressemble à une formalité, et même les supporters pakistanais semblent épuisés. L’un d’eux, la veille, arpentait Edgbaston avec un petit tableau noir. Dessus, un message : « Free Imran Khan… and get him in the team. » Il s’est arrêté devant deux policiers, leur lançant, mi-sérieux mi-amusé : « J’aimerais signaler un crime, celui des 11 joueurs sur le terrain. » Rires polis. Impuissance partagée. Quand même les fans en viennent à vouloir que la tournée se termine au plus vite, c’est que le fossé est devenu trop large.
Les chiffres le confirment, le ressenti aussi. L’Angleterre joue à domicile, en confiance, avec un XI enfin stable sur toute une série, sans blessures majeures ni bricolage de sélection. Le Pakistan, lui, enchaîne les départs précoces, les moyennes faméliques et les sessions subies.
Soleil, horaires adaptés et fin annoncée
La météo, cette fois, ne devrait pas sauver les visiteurs. Le soleil brille sur Birmingham, les prévisions annoncent une journée globalement dégagée, et les horaires ont été ajustés pour récupérer le temps perdu la veille : déjeuner à 13 h 15, thé à 16 h 10. Tout est en place pour que l’Angleterre boucle le travail sans traîner.
Le décor ressemble à un dernier jour d’école. Tenue libre, atmosphère détendue, un public qui sait que le plus dur est fait. On parle déjà de célébrations de fin de série, de cordials à la lime et de week-end libre pour Joe Root et ses hommes. Il ne manque que huit guichets pour valider le 3-0.
Le Pakistan, lui, n’a plus que deux issues : un miracle collectif ou une lente agonie statistique. On dit parfois qu’une équipe a deux chances, « Slim » et « aucune ». Ici, même « Slim » semble avoir été renvoyé chez lui. Reste une question, la seule qui compte vraiment en ce troisième Test : combien de temps encore Azan, Masood et les autres pourront-ils tenir face à une Angleterre qui ne montre aucun signe de lassitude ?




