Allemagne : Sammer critique Bierhoff, Klopp séduit les nouveaux
La révolution Klopp vient à peine de commencer que le débat sur l’âme de la Mannschaft s’enflamme déjà. Au centre de la tempête : Matthias Sammer, Oliver Bierhoff… et une idée qui a longtemps guidé le football allemand, celle des « hiérarchies plates ».
Sammer règle ses comptes avec Bierhoff
Invité sur Sky, Matthias Sammer n’a pas tourné autour du pot. L’ancien patron sportif du DFB a renvoyé Oliver Bierhoff à ses propres responsabilités, après que ce dernier a regretté dans kicker l’absence de « leaders expérimentés » et de « fortes personnalités » au sein de la sélection allemande.
Sammer n’a pas oublié le discours d’hier. « Ce n’était pas il y a si longtemps qu’il disait aussi que nous avions besoin de hiérarchies plates en Allemagne », a-t-il lâché, cinglant.
Lui a toujours défendu une autre vision : un vestiaire composé de « leaders, joueurs d’équipe et individualistes ». Un mélange assumé, parfois explosif. « Si vous voulez traiter tout le monde de la même manière, dans le vestiaire, sur le terrain, alors il ne faut pas venir se plaindre aujourd’hui qu’il nous manque des caractères », a-t-il insisté.
Pour Sammer, Bierhoff, en poste de 2004 à 2022, ne peut pas s’exonérer de ce virage culturel. « Je suis arrivé à la fédération en 2006 et en 2007 je me suis posé la question : quelque chose ne va pas ici. Juste ça, pas bien ou mal. Et on m’a demandé : pourquoi ? Je dis, nous sommes tous pareils. Ils sont tous adorables et gentils et c’est super, mais nous ne sommes pas dans un poney-club. C’est du sport de haut niveau, ça devient rugueux parfois. Il faut que ça chauffe parfois à l’entraînement, il faut que ça chauffe parfois dans le vestiaire. »
Le diagnostic est sans nuance : parler de hiérarchies plates dans le sport d’élite, pour lui, reste « l’une des plus grandes erreurs » commises. « C’est une catastrophe », a-t-il tranché. Dans un pays qui cherche encore son identité après plusieurs fiascos en tournoi majeur, la charge de Sammer vise autant le passé que le présent.
Klopp, « méga gars » et nouveau centre de gravité
Pendant que les anciens se renvoient les responsabilités, la nouvelle ère se construit sur le terrain. À Herzogenaurach, Jürgen Klopp a déjà conquis les nouveaux venus. Les mots sont simples, presque bruts, mais ils disent tout.
« On a l’impression qu’on marcherait dans le feu pour lui », a confié Philipp Treu en plein rassemblement au camp du DFB. Le latéral de Freiburg résume l’effet immédiat du nouveau sélectionneur : « C’est un méga gars. »
Pour sa grande première, Klopp ouvre grand la porte. Outre Treu, Bambase Conte, Yannik Engelhardt, Max Rosenfelder, Hennes Behrens et Younes Ebnoutalib préparent avec le partenaire adidas le début de la Nations League, jeudi (20h45) aux Pays-Bas.
Ebnoutalib sait ce que représente ce choix. Le joueur de Francfort aurait pu opter pour la sélection marocaine. Il a choisi l’aigle noir. La raison tient en un nom. « Quand Klopp appelle, il faut y aller. C’est l’un des meilleurs entraîneurs du monde, il y a forcément une énergie positive », a-t-il expliqué.
Ce que Klopp exige, Ebnoutalib le résume en une phrase : « Que nous représentions l’équipe nationale allemande avec fierté, que nous nous imposions, et que même quand ça ne va pas bien, nous donnions tout. »
Dans ce groupe en recomposition, le charisme du nouveau patron fait le reste. Max Rosenfelder, défenseur central de Freiburg, le ressent déjà. Klopp apporte « beaucoup de charisme », dit-il. Le respect est immense, mais les échanges cassent vite la distance : « En conversation, il est très sympa, très sympathique et il te donne le sentiment de faire partie du truc. » Ses premiers jours ? « Prendre tout ce que je peux. J’ai juste vraiment envie. »
Philipp Treu, lui, vise clairement le couloir droit, encore ouvert. Il se décrit sans détour : fiable, constant, inspiré par Philipp Lahm. « On peut toujours compter sur moi », assure-t-il. S’il a sa chance, il promet de « laisser [son] cœur sur le terrain et toujours tout donner ». Des phrases simples, mais qui collent parfaitement à l’énergie que Klopp veut injecter.
« Il a un plan » : Sammer croit au projet Klopp, mais prévient
Curiosité du moment : l’homme le plus critique envers le passé du DFB est aussi l’un des plus confiants pour l’avenir immédiat. Matthias Sammer voit en Jürgen Klopp plus qu’un simple nouvel entraîneur.
« Je reconnais qu’il a un plan absolu. On peut toujours discuter de sa manière d’organiser les choses, mais elle suit un plan », a-t-il expliqué dans l’émission « Sammer & Basile – der Hagedorn-Talk » sur Sky. Son espoir est clair : « Que cette équipe nous redonne une identité dont nous avons urgemment besoin. »
Après la débâcle en Coupe du monde et la fin de l’ère Julian Nagelsmann, Klopp arrive en figure de renouveau. Mardi, il dirige sa première séance à Herzogenaurach. Jeudi, il s’assiéra pour la première fois sur le banc de la Mannschaft en match officiel, à Amsterdam, face aux Pays-Bas.
Mais Sammer refuse de nourrir le mythe du sauveur. « Il ne peut pas faire de miracles », prévient-il. Tout se jouera aussi sur la pédagogie, sur la façon de faire comprendre à tout un environnement « que cela peut aussi demander un peu de temps », grâce à sa personnalité et à son expérience.
Une chose frappe déjà l’ancien Ballon d’Or : « Il semble euphorique – déjà – et cela touche les gens et l’équipe aussi. » L’avertissement tombe aussitôt : « Mais à un moment donné, l’euphorie seule ne suffit plus. »
Le décor est planté. Entre la critique d’un passé trop lisse, la ferveur d’un vestiaire séduit et l’exigence d’un projet à long terme, l’Allemagne entre dans l’ère Klopp avec un mélange rare : impatience, espoir… et obligation de résultat.




