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Alex Eala fait ses débuts au US Open dans un grand stade

Mardi soir, à Flushing Meadows, ce ne sera pas seulement une première apparition en simple au US Open pour Alex Eala. Ce sera un test de résistance à la célébrité, à la ferveur, au bruit. Une entrée sur une scène qui semble enfin à la taille du phénomène qu’elle est en train de devenir.

Tête de série n°17, la Filipina de 18 ans débutera son US Open en session de nuit sur le Louis Armstrong Stadium, deuxième plus grande arène du tournoi avec ses 14 000 places. Elle y affrontera l’Américaine Mary Stoiana, issue des qualifications, en deuxième rotation de la soirée, après le duel au meilleur des cinq manches entre Adolfo Daniel Vallejo et Gaël Monfils, programmé à 19 h (heure de New York).

On peut estimer son entrée aux alentours de 20 h 40 à New York, soit environ 8 h 40 mercredi matin aux Philippines. Mais comme toujours à l’US Open, tout dépendra de la durée du match précédent. L’ordre de jeu officiel se contente de la placer en deuxième match de la session nocturne, sans horaire fixe.

Pour Eala, ce court n’est pas un simple cadeau. C’est une nécessité logistique. Ses entraînements attirent déjà des foules dignes de matches officiels. La mettre sur un court annexe serait devenu ingérable.

Une entrée en Grand Chelem dans la peau d’une star

Eala arrive à New York avec un nouveau statut. Elle pointe au 18e rang mondial, son meilleur classement, portée par son premier titre WTA décroché cet été à Washington. Une semaine fondatrice, où elle a successivement battu Zheng Qinwen, Leylah Fernandez, Elina Svitolina, Naomi Osaka et Jessica Pegula. Une série qui a brutalement changé la façon dont le circuit la regarde.

Face à elle, Mary Stoiana, 122e mondiale, a gagné le droit de jouer ce match à la sueur de trois tours de qualification, conclue par un succès accroché contre Yuan Yue (6-3, 4-6, 6-4). Les deux femmes ne s’affronteront pas en terrain inconnu : Eala l’avait dominée 7-5, 6-2 lors du tournoi ITF de Landisville en 2024. C’était déjà une affiche de joueuses en plein essor. Depuis, les deux trajectoires se sont encore élevées.

Fan Week, le laboratoire de sa popularité

La décision de la placer sur un grand court n’est pas sortie de nulle part. Elle répond aussi à un avertissement public. Avant même la publication de l’ordre de jeu, Patrick McEnroe avait lancé un message clair : il fallait offrir à Eala des grandes scènes. Selon lui, la mettre sur un court secondaire serait une erreur, tant il s’attendait à un public « déchaîné » pour elle.

Mary Joe Fernandez a confirmé le diagnostic en décrivant une popularité « hors normes ». Les fans ne viennent plus seulement pour ses matches. Ils viennent pour la voir s’entraîner.

La Fan Week l’a prouvé. Les zones de visionnage autour de ses séances ont été prises d’assaut. Puis il y a eu ce moment symbolique : une exhibition Stars of the Open dans un Arthur Ashe Stadium bondé, drapé de drapeaux philippins, face à son amie Iva Jovic. Eala a perdu ce set d’exhibition 6-3, mais le score a vite cessé d’avoir de l’importance lorsque les deux joueuses ont invité leurs pères à les rejoindre pour un double improvisé. Standing ovation. Une scène de famille, dans la plus grande arène du tennis, sous les projecteurs.

La relation entre Eala et New York ne date pas de cette année. En 2025, plus de 8 000 spectateurs avaient envahi le Grandstand pour la voir renverser Clara Tauson après avoir été menée 5-1 dans le troisième set. Ce jour-là, elle était devenue la première joueuse philippine de l’ère Open à remporter un match de simple dans le tableau principal d’un Grand Chelem. Un an plus tard, le public a encore grandi. Son aura aussi.

Des couvertures médiatiques dignes d’une championne majeure

Ce qui se passe autour d’elle dépasse déjà le simple cadre sportif. La manière dont les grands médias internationaux se sont emparés de son histoire en dit long.

Forbes lui a consacré sa « Daily Cover », décortiquant sa montée en puissance et son potentiel commercial. Sports Illustrated l’a placée en une de son édition numérique avec un titre sans ambiguïté : « Pinoy Power », la présentant comme « la prochaine grande superstar du tennis ». Le New Yorker s’est penché sur la manière dont elle est devenue un symbole pour les Philippines, liant son ascension à la fierté nationale et aux valeurs culturelles qui l’entourent.

ESPN, de son côté, a fait d’elle un personnage central de sa couverture du tournoi, racontant dans un long format la « montée rapide et bruyante » d’Alex Eala, la décrivant comme un mélange de Manny Pacquiao et Maria Sharapova, avec la capacité d’aller très loin à New York.

Peu de joueuses n’ayant jamais atteint un quart de finale en Grand Chelem se retrouvent simultanément en une de Forbes, Sports Illustrated, The New Yorker et au cœur de la narration d’ESPN. Combiné à ses entraînements bondés, ses apparitions durant la Fan Week et une audience numérique gigantesque, ce faisceau d’indices dit tout : Eala n’est plus seulement une promesse. Elle est déjà l’une des jeunes stars les plus bankables du tennis.

Sur place, elle a enchaîné Media Day, tournages promotionnels, interviews, rencontres. Sa séquence avec Jordan Clarkson, arrière des New York Knicks, a encore renforcé ce récit autour de leur héritage philippin partagé.

Queens, une terre d’accueil idéale

Si Eala avait dû choisir un quartier new-yorkais pour écrire ce chapitre, elle n’aurait guère pu viser mieux que Queens.

Selon une étude démographique de l’Asian American Federation, environ 94 000 Philippins vivaient à New York en 2023. Près de 49 500 d’entre eux résidaient dans Queens, plus que dans n’importe quel autre borough.

À quelques kilomètres à l’ouest du Billie Jean King National Tennis Center, Woodside abrite la « Little Manila » de la ville. Une enclave commerciale et culturelle qui s’étire le long de Roosevelt Avenue, autour des 69e et 70e rues, avec ses restaurants, boulangeries, épiceries, agences de transfert d’argent et commerces tenus par des Philippins. Une étude locale estime qu’ils représentent environ 16 % de la population du quartier. En 2022, la ville a officialisé cette identité en co-nommant l’intersection de la 70e Rue et de Roosevelt Avenue « Little Manila Avenue ».

Et ces chiffres ne tiennent pas compte de ceux qui feront le déplacement depuis le New Jersey, Long Island, le Connecticut, la Pennsylvanie, ni des supporters venus directement des Philippines. Le public d’Eala à New York est à la fois local, régional et mondial.

Gauff et Zverev sur Ashe, Eala pour enflammer Armstrong

Sur le plan sportif, la hiérarchie des courts reste classique. Le Arthur Ashe Stadium, avec ses 23 771 places, garde les têtes d’affiche du jour.

La session de jour s’ouvre avec Madison Keys face à Alina Korneeva, suivie par Taylor Fritz contre le jeune wild card américain Darwin Blanch. En soirée, à partir de 19 h, la n°4 mondiale Coco Gauff affronte la Turque Zeynep Sonmez, avant que le n°1 Alexander Zverev ne défie l’Italien Lorenzo Sonego.

Sur le Louis Armstrong Stadium, la journée commence à 11 h avec Francisco Comesana face au n°5 Flavio Cobolli, puis Mirra Andreeva, également tête de série n°5, contre la qualifiée indonésienne Janice Tjen. En nocturne, Vallejo – Monfils ouvre le bal, puis vient Eala – Stoiana.

ESPN prend l’antenne dès 11 h 30 (heure de New York) jusqu’à 18 h, avant une émission de transition, puis la couverture en prime time à partir de 19 h sur ESPN et ESPN2. Toutes les rencontres sont diffusées en streaming via l’application ESPN pour les abonnés.

Eala ne foulera pas le plus grand stade du tournoi ce mardi. Cette distinction revient à Gauff et Zverev. Mais avec 14 000 sièges, un toit qui retient chaque cri et l’une des foules les plus passionnées du site prête à se masser dans les travées, le Louis Armstrong Stadium pourrait bien devenir, le temps d’une soirée, l’épicentre de la plus grande fête de Queens.

Reste une question : jusqu’où cette vague peut-elle porter Alex Eala dans le tableau, maintenant que le décor est enfin à la hauteur de sa montée en puissance ?