Alex de Minaur s’effondre à l’US Open, Dane Sweeny brille
Alex de Minaur a quitté New York sans un geste de colère, mais avec un constat brutal. Sa saison de grands chelems la plus pauvre depuis trois ans vient de se refermer sur une défaite sèche au deuxième tour, et son statut dans le top 10 mondial vacille déjà.
Le numéro 7 mondial a été dominé 6-4, 7-5, 6-2 par Botic van de Zandschulp, vendredi à Flushing Meadows, au terme d’un match où son jeu s’est délité point après point. Un revers qui tranche avec son début d’année étincelant et prolonge une inquiétante spirale.
« Mon niveau aujourd’hui n’était pas assez bon. C’est assez simple », a reconnu l’Australien. Il a parlé d’un « jour sans », d’une sensation de balle qui ne venait jamais, d’erreurs directes qui s’accumulaient à mesure qu’il tentait de forcer son destin. Tout l’inverse de son identité habituelle de métronome accrocheur.
De la lumière de janvier à la grisaille de septembre
De Minaur n’avait perdu aussi tôt en majeur qu’à deux reprises lors de ses 13 derniers tournois du Grand Chelem. Il avait encore atteint les quarts de finale à l’Open d’Australie en janvier. Puis la pente s’est faite plus raide : sortie au troisième tour à Roland-Garros, au quatrième à Wimbledon, et désormais ce deuxième tour new-yorkais, son plus court US Open depuis cinq ans après deux quarts de finale consécutifs.
Depuis février, il n’a dépassé les quarts de finale que dans un seul tournoi. La dynamique est claire, et elle n’est pas en sa faveur. Son classement dans le top 10 pourrait n’être qu’un souvenir dans quelques semaines.
Face à lui, un van de Zandschulp en pleine confiance. Le Néerlandais, déjà tombeur de Carlos Alcaraz au même stade de l’US Open il y a deux ans, n’avait pourtant jamais battu de Minaur en quatre confrontations. Sur le papier, l’upset existe. Sur le court, il n’y a pas eu de surprise : le joueur en forme a étouffé celui qui doute.
Le service de l’Australien, souvent disséqué ces derniers mois, l’a encore trahi. Sept doubles fautes, seulement quatre aces, onze balles de break concédées, cinq breaks subis. Il offre même une double faute pour se retrouver mené d’un set et 4-3 dans le deuxième.
Un coup de chance aurait pu tout relancer. Sur un point défensif héroïque, un revers de de Minaur accroche la bande et file gagnant pour lui offrir 15-40. Il recolle, passe devant, se bat dans un jeu marathon à 5-5, sauve quatre balles de break… avant de céder sur la cinquième. Van de Zandschulp s’excuse, son coup décentré ayant atterri court pour l’amener au filet et lui ouvrir un passing de coup droit. Mais l’Australien avait encore une marge d’action. Il ne la saisit pas.
Deux sets à rien. Et une statistique qui pèse : en 27 tentatives, de Minaur n’a jamais remonté un tel déficit. Il quitte le court pour une pause entre les manches, revient décidé à hausser le ton, mais craque encore sur un coup droit trop long dans le troisième jeu. Les deux balles de débreak qui suivent s’envolent. Le Néerlandais brise une nouvelle fois le service du top 10, et avec lui, ses derniers espoirs.
Depuis sa défaite douloureuse à Wimbledon contre Flavio Cobolli, qu’il avait avoué vivre comme un échec qui le « brise à l’intérieur », de Minaur semble coincé dans une zone grise. Il a tenté de minimiser ses réactions à Washington quelques semaines plus tard. Sur le terrain, la tension reste visible. Les résultats, eux, ne suivent plus.
Dane Sweeny, l’outsider qui refuse de redescendre
Pendant que le patron australien trébuche, un autre compatriote s’invite sous les projecteurs. Et lui n’a rien d’un habitué des grandes scènes.
Dane Sweeny, 170 centimètres, 123e mondial, longtemps cantonné aux courts périphériques et aux tournois secondaires, s’est offert le plus beau succès de sa carrière. Il a renversé Lorenzo Musetti, double demi-finaliste en Grand Chelem, 3-6, 6-1, 6-2, 6-2. Une victoire monumentale, sa première sur un membre du top 20, qui le propulse pour la première fois au troisième tour d’un majeur.
Rien n’a été simple dans sa trajectoire. Il y a à peine deux ans, Sweeny avait posé la raquette pour plusieurs mois, lessivé par une série de mauvais résultats au moment même où il pensait enfin approcher du gratin. Il a choisi de revenir. Il parle aujourd’hui d’un « voyage en montagnes russes », d’un sport qui peut « basculer en un instant », d’une loi des probabilités qui finit par tourner si l’on s’acharne.
À New York, la roue tourne franchement en sa faveur.
Il n’aurait même pas dû être directement dans le tableau principal. Il devait disputer les qualifications de l’US Open, jusqu’à ce qu’une série de forfaits permette à Alexei Popyrin d’entrer dans le tableau sur son classement. Le billet de Tennis Australia pour une wild-card réciproque a alors glissé… vers Sweeny.
Le reste, il est allé le chercher. Une première victoire en Grand Chelem hors Melbourne Park, obtenue lorsque Corentin Moutet a abandonné, mené 7-6, 6-4, 3-0, touché au bras. Puis ce succès qui change une carrière.
Musetti, malade, a passé une grande partie des trois derniers sets plié en deux dans un coin du court, le visage fermé, clairement diminué. Il a pris un temps mort médical en sortant du court après avoir été mené 3-0 dans la troisième manche, a montré quelques sursauts, mais n’a jamais pu reprendre le contrôle. Sweeny, lui, n’a rien lâché. Intensité constante, frappes lourdes, courses incessantes.
Deux fois, l’Italien débreake. Deux fois, il rend aussitôt son service, incapable de tenir la cadence. Le quatrième set suit le même schéma : break concédé d’entrée, course-poursuite sans issue. L’Australien tient la ligne, jusqu’au bout.
Sa récompense est double : un chèque de plus de 400 000 dollars et un bond provisoire vers le 109e rang mondial, le meilleur classement de sa carrière. Il retrouvera un autre Italien, le tête de série Luciano Darderi, pour tenter de prolonger son improbable aventure.
Kyrgios suspendu, Tsitsipas pas surpris
En coulisses, une autre nouvelle a secoué le camp australien.
L’International Tennis Integrity Agency a annoncé que Nick Kyrgios avait accepté une suspension d’un mois pour usage de cocaïne hors compétition, dans le cadre d’un accord incluant un programme de traitement. La sanction initiale de trois mois a ainsi été réduite.
Le joueur avait présenté ses excuses à sa famille, ses proches et ses fans le mois dernier, parlant d’une « énorme erreur », après la révélation de sa suspension provisoire. Il a admis avoir consommé de la cocaïne lors d’une soirée avant de jouer à Majorque. Il renonce à ses points et à ses gains de ce tournoi. Sa suspension a officiellement pris fin jeudi, sous réserve qu’il mène à bien son programme de soins.
Stefanos Tsitsipas, ancien partenaire de double avec lequel il entretient une relation pour le moins électrique, a expliqué après sa victoire du premier tour à l’US Open que cette affaire ne le surprenait pas, affirmant qu’il en connaissait déjà les contours.
Les autres Australiens, entre regrets et promesses
La journée aurait pu virer au conte de fées pour un deuxième outsider australien. Tristan Schoolkate, issu des qualifications, a pris le premier set à Flavio Cobolli, finaliste à Roland-Garros, avant de céder 3-6, 6-3, 6-4, 7-5 face à la tête de série numéro 5. La marche était trop haute, mais le message est passé : il faudra compter sur lui.
Alexei Popyrin, lui, quitte le tournoi avec un goût amer. Parti fort, il s’incline 2-6, 7-6 (7-4), 7-6 (7-3), 6-2 contre le gaucher chilien Alejandro Tabilo, 25e tête de série. Un match qui lui échappe dans les deux tie-breaks du cœur de la rencontre, avant que la dernière manche ne tourne à sens unique.
Pendant ce temps, les grands noms avancent ou tombent. Felix Auger-Aliassime, troisième tête de série, a pris la porte en quatre sets face à Karen Khachanov, dans un autre choc du jour. Coco Gauff, Iga Swiatek, Taylor Fritz et Naomi Osaka, eux, ont tenu leur rang et poursuivent leur route.
Reste l’image forte de cette journée pour le tennis australien : un leader en perte de repères qui sort par la petite porte, un outsider au gabarit modeste qui s’invite dans la lumière, et un talent à part, Nick Kyrgios, une nouvelle fois rattrapé par ses démons.
De Minaur saura-t-il transformer ce coup d’arrêt en point de bascule, ou cette saison marquera-t-elle le début d’un recul durable dans la hiérarchie mondiale ?




