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Alcaraz revient en force, Sabalenka vise un triplé historique

Quatre mois sans simple, un poignet récalcitrant, deux tournois du Grand Chelem manqués… et pourtant, à Flushing Meadows, Carlos Alcaraz a donné l’impression de n’être jamais parti. L’Espagnol a signé un retour sec et net au premier tour de l’US Open, en balayant Roman Safiullin 6-4, 6-4, 6-4. Sans fioritures, mais avec un message clair : son titre n’est pas à vendre.

Le doute planait. Sa blessure au poignet, contractée au Barcelona Open en avril, l’avait privé de Roland-Garros et de Wimbledon. L’opération avait été évitée, mais le flou demeurait sur sa capacité à encaisser un format en trois sets gagnants dès son retour. Lui-même l’a reconnu : il s’est demandé s’il tiendrait la distance.

Sur le court, ces questions ont tenu trois jeux de service. Safiullin s’est procuré deux balles de break d’entrée, test immédiat pour le bras d’Alcaraz et pour ses nerfs. L’Espagnol a effacé le danger, s’est accroché, puis a frappé le premier. Un break dans le huitième jeu, suffisant pour verrouiller le premier set. Le ton était donné.

Dans la deuxième manche, l’alerte a été plus franche : break concédé d’entrée. Réponse immédiate. Alcaraz a débreaké aussitôt, haussé le rythme, pris la balle plus tôt, puis de nouveau arraché le service du Russe dans ce fameux huitième jeu qui lui a servi de point d’ancrage tout au long du match. Deux sets à rien, la mécanique était relancée.

Le troisième set a ressemblé à une démonstration de contrôle. Un break précoce, aucune vraie menace sur son service, des déplacements fluides, une vitesse de balle rassurante pour un joueur absent du circuit depuis plus de quatre mois. Face à un adversaire toujours piégeux, l’Espagnol a géré, sans laisser la moindre ouverture.

En tribunes, Travis Scott observait la scène, curieux de voir comment son partenaire de style assumerait ce retour sous les projecteurs, dans une tenue brune qu’il a lui-même contribué à concevoir. Sur le court, c’est surtout le bras d’Alcaraz qui intéressait tout le monde : service, frappes de fond, tout a tenu. De quoi légitimer ses ambitions de défense de titre.

Son prochain obstacle sera le Portugais Jaime Faria. Avec, dans son secteur de tableau, une menace de moins : Arthur Fils, récent vainqueur du Cincinnati Open, a chuté dès le premier tour face à Stefanos Tsitsipas, renversé 4-6, 7-6 (7-3), 6-1, 6-4. Un avertissement : à New York, le pedigree de la semaine précédente ne garantit rien.

Sabalenka lance sa quête de triplé

Sur le tableau féminin, Aryna Sabalenka a répondu présente. La Biélorusse, en quête d’un troisième titre consécutif à l’US Open, a démarré sa campagne par un succès maîtrisé face à Camila Osorio : 6-2, 6-4.

La première manche a tourné court, puissance brute, prises de risque assumées, Osorio submergée. Le vrai bras de fer a éclaté dans le deuxième set. La Colombienne a serré le jeu, bousculé Sabalenka, imposé de longs échanges, fait grimper la pression. Mais la numéro 1 mondiale a tenu, imposant son impact en fond de court dans les moments clés pour s’éviter un troisième set piégeux.

Ce succès arrive à un moment charnière. Sabalenka reste sur trois éliminations consécutives en huitièmes de finale – Wimbledon, Canadian Open, Cincinnati Open – et son statut de patronne du classement est clairement menacé. Elena Rybakina, Coco Gauff et Jessica Pegula ont toutes une fenêtre pour la déloger du sommet.

Mais le décor lui est favorable : surface dure, son territoire. Ses quatre titres du Grand Chelem ont été conquis sur dur, et sa puissance à plat, quand elle trouve sa cible, reste une équation presque insoluble pour la majorité du circuit. À New York, elle sait que l’histoire est à portée de raquette : personne n’a réussi le triplé depuis Serena Williams en 2014.

Muchova, Anisimova et la vague américaine au rendez-vous

Karolina Muchova, finaliste à Wimbledon, n’a pas traîné. Légère, inspirée, elle a étrillé l’Autrichienne Sinja Karus 6-3, 6-0. Une entrée sèche, presque clinique, qui rappelle qu’elle reste l’une des grandes menaces sur deux semaines lorsqu’elle enchaîne les matches sans pépin physique.

Amanda Anisimova, finaliste sortante à l’US Open, a également fait respecter son rang. Elle a dominé sa compatriote Ashlyn Krueger 6-1, 6-3, dans un duel 100 % américain. Sérieuse, appliquée, elle s’est offerte un premier tour sans drame, parfait tremplin pour relancer une campagne new-yorkaise qui lui réussit.

Elle n’a pas été la seule Américaine à briller. Emma Navarro, Taylor Townsend et Cate McNally ont toutes franchi ce premier obstacle. Une salve de victoires qui entretient l’ambiance électrique autour du contingent local, toujours scruté, toujours attendu, surtout dans les premiers jours du tournoi.

Dart et Fearnley, l’art du renversement

La journée a aussi souri aux Britanniques, mais par un chemin bien plus tortueux.

Harriet Dart s’est retrouvée dos au mur face à Peyton Stearns. Un set de retard, un break concédé dans le deuxième, le scénario sentait le piège américain à plein nez. Puis tout a basculé. La Britannique a durci le ton, gagné en agressivité, pris la balle plus tôt. Elle a renversé la manche, puis déroulé dans le troisième set pour s’imposer 3-6, 6-3, 6-2. Un retournement porté par une vraie résistance mentale, comme l’a souligné sa coach Marion Bartoli, présente en bord de court.

Jacob Fearnley, lui, a flirté avec la sortie avant de s’offrir une victoire en cinq sets qui pourrait compter dans sa carrière. Battu en qualifications la semaine précédente, repêché comme Lucky Loser, il a saisi cette seconde chance avec les deux mains.

Face à Martin Landaluce, le Britannique a dû puiser profond : score final 4-6, 6-2, 4-6, 7-5, 6-3. L’Espagnol a servi pour le match dans le quatrième set. Fearnley a alors enchaîné trois jeux d’affilée, arraché un cinquième set, puis prolongé son élan jusqu’à la ligne d’arrivée. Même une volée smashée manquée sur balle de match n’a pas suffi à le faire dérailler. Il a respiré, s’est reconstruit, et a fini le travail.

Ce succès lui offre un deuxième tour à Flushing Meadows pour la deuxième année consécutive, et peut le propulser de nouveau vers le top 100 mondial. Pour un joueur entré dans le tableau par la petite porte, l’histoire est déjà belle. La question, désormais, est simple : jusqu’où peut-il pousser ce bonus qu’il dit jouer « comme de l’argent de la maison » ?

Alcaraz revient, Sabalenka vise l’histoire, les outsiders s’accrochent. New York n’a fait que commencer.